Sunnisme.com

La quête spirituelle de l’Imam Abu Hamîd al-Ghazaliyy

 

 

al-ghazali-spirituel

 

 

BismiLlâhi ar-Rahmani ar-Rahim,

L’Imam Abu Hamîd al-Ghazaliyy رحمه الله fut très certainement l’homme le plus savant de son époque. Il est celui qui fut qualifié par l’Imam Ibn ‘Asākir رحمه الله de revivificateur de la religion du 5e siècle et qui aujourd’hui encore est surnommé Hujjut al-Islam (l’argument de l’Islam). Les grands savants du Fiqh, de la ‘Aqida, du Tafsir venaient de partout pour apprendre auprès de lui. Il était d’ailleurs à ce titre le responsable de la grande université Islamique Nizamuddin à Bagdad. Cependant, malgré son impressionnante érudition scientifique, au fil du temps, il se rendit compte que malgré toute sa science, il n’avait réussi à atteindre ni la proximité d’Allâh, ni celle de Son Messager ﷺ.

Il décida donc d’aller faire le tour des plus grands savants qu’il côtoyait à l’époque.

Il commença par les savants du Tafsir : « Vous êtes les sommités dans cette science, pouvez-vous m’aider à me rapprocher d’Allâh ? » Ils répondirent : « Tu peux nous demander à propos de n’importe quel verset du Qour’an, on peut en parler pendant dix années, mais on ne peut pas t’emmener à Allâh »Il se rendit ensuite auprès des savants du Hadith : « Vous êtes les sommités dans cette science, pouvez-vous m’aider à me rapprocher de Rassoul Allâh ﷺ? » Ils répondirent : « On ne peut que te rapprocher du Hadith, on peut t’enseigner les paroles du Prophète, mais on ne peut pas t’emmener au Prophète lui-même »Il alla donc voir les Fuqahas, les spécialistes de la Loi Divine : « Je veux atteindre Allâh et Son Messager ﷺ? Que pouvez-vous faire pour moi ? » Ils répondirent : « On peut t’expliquer les règles, comment faire le wudhu, le ghusl, le halal, le haram, on connait les Commandements d’Allâh, mais on ne peut pas t’emmener à Allâh. » Il se rendit alors chez les ‘Ulamas de la ‘Aqida, spécialistes de la Croyance : « Vous êtes les sommités dans la Croyance, emmenez-moi à Allâh et à Son Messager ﷺ. » Ils répondirent : « On sait beaucoup de choses concernant Allâh, mais nous ne sommes pas capables de t’emmener à Lui ».

L’Imam Al-Ghazaliyy était dépité, lui, le plus grand savant de son temps était incapable de se rapprocher d’Allâh et les autres shuyukhs spécialistes des sciences Islamiques ne pouvaient rien pour lui non plus.

« Auprès de qui vais-je pouvoir chercher la guidée ? Si je meurs, que va-t-il m’arriver ? »

Il fut tellement éprouvé par cela qu’il ne put plus parler. Il traversa une longue période de dépression et d’incertitude profondes. Il décida alors de quitter ses fonctions, s’isola et commença a étudier et à analyser durant deux années (certains ont dit dix années), les différents groupes et pensées et ce de jour, comme de nuit. Au bout de ces années d’étude, il déclara :

« J’en suis venu à la conclusion que la vérité est avec les Soufis et avec les Awliyas qui sont illuminés et qui prennent directement la guidée du Nur de Saydinna Rassul Allâh ﷺ. »

« Je sais de manière certaine, » écrivit-il, « que seuls les (vrais) Soufis marchent dans la voie d’Allâh Ta’ala, que leur manière de vivre est la meilleure, que leur chemin est le plus pur chemin et que leurs vertus sont les plus pures vertus. »

Après cela, il quitta l’Irak et partit en quête d’un Maître spirituel qui puisse l’aider à atteindre Allâh et Son Messager ﷺ. Il le trouva et suivit ses enseignements avec assiduité, jusqu’à atteindre ce qu’il était venu chercher.

Qu’Allâh lui fasse miséricorde, lui accorde ses meilleures récompenses et qu’Il l’honore au Jour du Jugement Dernier.

Wa Allâhu a’alam

 

Les 4 sortes de cœurs

 

D’après une sagesse de Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy [1]

 

 

4_COEURS

 

 

Le cœur est le centre de la personne, il en existe 4 sortes et tous font le Tawaf [2] autour de quelque chose. Ça peut être la paresse, l’argent, la possession de biens, la politique, les femmes, la notoriété… c’est-à-dire ce par quoi vos pensées sont occupées et qui devient le centre d’intérêt de vos vies.

Les 4 sortes de cœurs qui font le tawaf sont les suivants, prenez-en conscience et vous deviendrez le quatrième.

1/ La première sorte de cœur concerne des millions de personnes, c’est ceux dont le cœur fait le tawaf de la duniya (ce bas-monde, ses attraits, ces plaisirs…). Le centre d’intérêt de la personne c’est ce bas-monde, elle peut sacrifier sa prière, désobéir à Allâh, mais elle n’abandonnera pas ce qui l’intéresse de ce bas-monde car ses pensées, ses rêves, ses aspirations sont centrées autour de cela. Ne laissez pas votre cœur faire le tawaf autour de la duniya car cela vous détruira. Devenez plutôt la personne autour de qui la dunya fait le tawaf. [3]

2/ La seconde sorte de cœur concerne ceux dont les cœurs font le tawaf des récompenses et de l’au-delà (al-Akhira). C’est une bonne chose, mais l’au-delà, ce n’est pas Allâh. On peut atteindre des degrés plus élevés. La personne a quitté le tawaf des femmes de la duniya, mais maintenant son cœur fait le tawaf des houris et des palaces du Paradis (Jannah). C’est une bonne chose, cela relève de la piété, mais ce n’est pas pour cela qu’Allâh nous a créés. Allâh nous a créés pour Lui-même, pour qu’on L’adore de manière exclusive et non pour qu’on espère les houris ou autres chose du Paradis.

3/ La troisième sorte de cœur concerne ceux qui cherchent à atteindre des hautes degrés spirituels, qui veulent devenir des Wali (Saints), etc. de manière à devenir célèbres ou simplement d’atteindre des rangs élevés (tout comme Sheytan le souhaitait aussi). Ne laissez pas vos cœurs faire le tawaf de ses rangs élevés, car il ne s’agit que de degrés, de rangs et non de Allâh !

4/ La quatrième sorte de cœur, ce sont ceux qui font le tawaf d’Allâh subhana wa ta’ala : ils pensent à Allâh, ils vivent pour Allâh, ils meurent pour Allâh, ils sont éveillés pour Allâh… jour et nuit leur préoccupation est (la satisfaction d’Allâh). C’est ce cœur qu’il faut avoir et si vous échouez, relevez-vous et recommencez à nouveau.

Mawlana Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy رحمه الله a déclaré que tout au long de sa vie, il est resté très vigilant et constant sur cette quatrième sorte de cœur.

L’Imam Hassan al-Basri رحمه الله a déclaré : « Celui qui vit pour la Duniya (ce bas-monde), il perdra la Dunya, al-Akhira (l’au-delà) et Allâh. Celui qui vit en vue d’obtenir al-Akhira, il est possible qu’il perde Allâh, selon sa sincérité. Toutefois, celui qui vit pour Allâh, il obtiendra la Duniya, al-Akhira mais aussi la Satisfaction d’Allâh ». Le meilleur choix est sans aucun doute le troisième. Quand on parle d’acquérir la Duniya, on parle d’obtenir la paix intérieure, chose à laquelle tout être humain aspire, qu’il soit croyant ou non. Les Saints (Awliya Allâh) ne sont pas à la recherche de la paix intérieure, mais ils sont à la recherche du créateur de la paix intérieure. Ceux qui cherchent sincèrement Allâh, obtiendrons tout ce qu’un être humain peut espérer : la paix intérieure, l’au-delà et la satisfaction de leur Créateur.

Qu’Allâh nous accorde le succès.

 

Notes :

[1] Tiré d’une sagesse que Mawlana Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy a reçu de son Sheykh (qu’Allâh leur fasse miséricorde) et rapportée dans un cours par le Sheykh Ahmad Dabbagh (qu’Allâh le préserve).
[2] Tawaf signifie « tourner autour », on parle aussi de circumambulation et cela renvoie généralement pour les Musulmans au fait de tourner autour de la Ka’aba.
[3] La duniya sert alors la personne et non le contraire.

La rencontre entre Ibn al-Jawzi et Abdal Qadir al-Jilani

 

 

La rencontre d'Ibn al-Jawzi et d'Abdal Qadir al-Jilani

 

 

Cette histoire, rapportée par le Sheykh at-Tadifi al-Hanbali raconte comment se déroula la rencontre entre les deux grands Imams Ibn al-Jawzi et Abdal Qadir al-Jilani.

Un jour, l’Imam Ibn al-Jawzi al-Hanbali رحمه الله, accompagné d’un de ses amis, assista à une des assemblées du grand Saint Sheykh Abd al-Qadir al-Jilani رحمه الله à Baghdad. Sheykh ‘Abd al-Qadir commença à parler des différents Tafsir du Qur’an car il voulait changer le point de vue de l’Imam Ibn Jawzi concernant le Tasawwuf (Soufisme). Il entreprit donc de mettre dans l’esprit de l’Imam Ibn Jawzi l’image réelle du Tasawwuf.

Un verset fut récité il donné l’une des explications (Tafsir). L’ami de l’imam Ibn al-Jawzi dit alors à l’Imam : « Connais-tu ce Tafsir? » Il répondit : « Oui le Tafsir de ce verset est bien connu. » Pour ce même verset, Sheykh ‘Abd al-Qadir donna un second Tafsir, puis un troisième Tafsir, puis un quatrième Tafsir, puis un cinquième Tafsir, puis un sixième, un septième, un huitième, un neuvième… En tout, il donna onze Tafsir de ce verset.

À chaque fois que Sheykh ‘Abdal Qadir al-Jilani donnait un Tafsir, le compagnon de l’Imam Ibn Jawzi lui demanda s’il le connaissait et ce fut le cas pour les onze, car c’est exactement le nombre de commentaires qu’il connaissait de ce verset.

Sheykh ‘Abdal Qadir al-Jilani commença alors à donner un douzième Tafsir, ce qui surpris l’imam Ibn al-Jawzi qui n’avait jamais entendu cela, puis un treizième Tafsir, puis un quatorzième, puis un quinzième Tafsir… Au total, Sheykh ‘Abd al-Qadir donna quarante Tafsir de ce même verset !

L’état de l’Imam Ibn al-Jawzi changea alors complètement, il fut profondément touché et cela le fit revenir sur sa position. Il est rapporté qu’il se leva dans un Haal (état extatique) et qu’il prononça : « La ilaha illa Allâh, Muhammad Rasool Allâh » et qu’il déchira ses vêtements.

Si l’imam Ibn al-Jawzi déchira ses vêtements, c’est parce qu’à cet instant, il comprit le vrai sens du mot « Faqir » [1].

Qu’Allah nous accorde la Barakah dans la compréhension, de la même manière qu’Il l’accorda à l’Imam Ibn al-Jawzi.

 

Notes :

Histoire rapportée par Sheykh Muhammad ibn Yahya at-Tadifi al-Hanbali رحمه الله dans Qala’id al-Jawahir (Colliers de pierres précieuses).

[1] Dans la terminologie du Tassawwuf, le Faqir désigne l’ascète, celui qui est pauvre en Allâh, doté d’une grande sagesse et d’une connaissance du Divin élevée, celui qui est dépourvu d’existence et a tout abandonné en dehors d’Allâh, pour Allâh, en soumission totale à Lui.

À ne pas confondre avec la version hindou de ce mot qui renvoie aux mendiants, aux saltimbanques, à ceux qui se mutilent le corps, etc.

Vous pouvez retrouver la biographie de Sheykh Abd al-Qadir al-Jilani sur le site islamophile.org

Comment retirer le couteau d’un cœur

 

Tazkiyyah an-Nafs

 

 

coeur blessé

 

 

Lorsqu’une personne nous a causé du tort, nous ne savons pas toujours comment nous devons réagir. Parfois on peut se sentir triste, blessé, souhaiter se venger ou faire payer d’une manière ou d’une autre la personne à l’origine de ce mal. Dans cet article, nous verrons quelques axes permettant à chacun de mieux comprendre comment l’Islam nous demande de réagir afin que le mal que nous avons subi (ou causé) ne se retourne pas contre nous au Jour du Jugement.

D’une manière générale, nous savons qu’Allâh nous enjoint à pardonner.

« Élancez-vous vers un pardon ineffable de votre Maître, hâtez-vous vers un Paradis immense, aménagé aux dimensions des cieux et de la terre, réservé à ceux qui craignent Allâh, à ceux qui dispensent leurs richesses en aumône, qu’ils soient dans la gène ou l’abondance, qui savent dominer leur colère et pardonner à leur prochain. Allâh aime les âmes généreuses ! » [Coran, 3.133]

« … ils oublieront et ils pardonnerons. N’aimez vous pas quand Allâh vous pardonne ? Allâh est Celui qui pardonne. Il est très miséricordieux » [Coran, 24.22]

« Pratique le pardon ; ordonne le bien ; écarte-toi des ignorants » [Coran, 7.199]

L’exemple Prophétique va également dans le même sens. Même lorsque le Prophète subit les pires injustices au point d’être rejeté, frappé, son invocation vers Allâh fut :

« Mon Dieu ! Pardonne à mon peuple car ils ne savent pas. » [Kitab ash-Shifa’ du Qadi ‘Iyyad]

Face à une injustice subie, il existe aussi bien entendu la réponse « légale », c’est-à-dire le recours à la justice, mais ce n’est pas sur ce point que nous nous attarderons dans cet article.

Si naturellement nous nous sentons mal à cause de ce mal dont nous avons été victimes, que nous avons des ressentiments négatifs, des envies de revanches, mais que nous ne les nourrissons pas, que ça vient sans que nous ne le souhaitions, que c’est donc inintentionnel, alors ça ne nous affectera négativement. D’un autre côté, lorsqu’une personne nous fait du tort, il arrive parfois que nous nourrissions cela par la médisance, la calomnie, le mensonge, en planifiant une revanche… et tout cela participe à entretenir ces mauvais sentiments à l’égard de la personne concernée. Celui qui n’entretient pas ces ressentiments ne sera pas affecté (dans sa progression spirituelle et sa relation avec Allâh), tandis que celui qui les entretient s’en trouvera affecté.

Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy (RA) a déclaré :

« Regardez au plus profond de votre cœur pourquoi vous ne progressez pas sur le Chemin vers Allâh ‘azawajal. »

Un jour, certains de ses élèves lui posèrent la question suivante : « Il y a une personne qui semble nous en vouloir mais on ne lui a rien fait du tout. Comment devons nous réagir par rapport à cette personne ? » C’est une situation que nous rencontrons nous aussi parfois. Peut-être avons-nous fait quelque chose sans nous en rendre compte, ou qui a pu être perçue autrement que ce que nous espérions ? Le grand Maître spirituel leur répondit : « Certains d’entre vous ont des secrets très sombres et profonds en eux, des choses obscures ». Il dit alors à ces murideens (disciples) : « J’ai regardé à l’intérieur de vos cœurs et il y a des blocages (obstructions) ». Nous connaissons ce type de situations physiquement lorsque nous avons par exemple du cholestérol et que notre cœur est obstrué. On ne s’en rend pas forcément compte car c’est caché, où alors parfois sur le tard lorsque nous avons des problèmes cardiaques, voire trop tard une fois morts.

S’en rendre compte avant et faire le nécessaire pour recouvrer la santé physique est alors indispensable et vital. Il en va de même pour le cœur (spirituel). Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy se rendit compte de cela chez ces disciples et il les informa qu’ils avaient en eux des blocages qui les empêchaient de se rapprocher davantage d’Allâh. Il leur dit que cela trouvait sa source il y a fort longtemps, peut-être lors de leur adolescence et qu’ils avaient alors du faire du mal à des gens. Ce type d’événements, nous les avons oubliés depuis longtemps, mais Allâh ne les a pas oublié, les anges non plus ne les ont pas oubliés, ils demeurent. C’est la raison pour laquelle une des conditions indispensable pour celui qui désire cheminer vers Allâh, c’est la Tawbah (le repentir) et cela implique de réparer les droits de ceux qui sont concernés (Allâh, le Prophète Muhammad, l’Islam, le Qour’an, les gens concernés…). Une personne peut porter la barbe, un voile, présenter tous les signes extérieurs de la piété mais garder en elle ces noirceurs. Extérieurement on voit un personne pieuse, mais en réalité elle est déconnectée d’Allâh ta’ala.

Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy continua en disant :

« Vous avez fait du mal à des gens, vous les avez poignardé (NDT : sens figuré) et vous avez laissé le couteau dans leur cœur. Allez donc les voir et rectifiez ce qui doit l’être et de cette manière,  vous trouverez ouvertes les portes de la proximité d’Allâh ».

Mais que faire si on ne trouve pas la personne à qui nous avons fait du tort ?  

Saydinna Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy a dit qu’on peut donner sadaka (aumône) en leur nom, qu’on peut prier pour eux (dou’as), faire des bonnes actions en leur nom (de manière à ce que les récompenses leur reviennent), répandre des bonnes nouvelles à propos de ces personnes (leurs qualités par ex.) de manière à ce que leur honorabilité augmente vis-à-vis des gens.

Mais que faire si nous n’avons rien fait à la personne qui a un ressentiment vis-à-vis de nous ?

Saydinna Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy a dit que si on craint vraiment Allâh et le Jour du Jugement et que nous ressentons qu’Allâh nous interrogera, alors on doit essayer de rectifier la relation que l’on a avec cette personne, lui donner quelque chose, faire quelque chose de bien pour elle, de manière à ce qu’elle n’ait pas matière à se plaindre de nous le Jour du Jugement. Si on ne se sent pas concerné par cela, alors c’est qu’on ne craint pas ce Jour terrible qui est censé nous effrayer à un tel point qu’on doit faire tout notre possible pour rectifier ce qui doit l’être.  Même si on n’a rien à se reprocher, on devrait craindre ce Jour à un tel point où on ne souhaite être questionné sur rien.

A titre d’exemple, le Jour du Jugement, les Chrétiens seront interrogés sur le fait qu’ils associaient ‘Issa (Jésus – ‘alayhi salaam) à Allâh et donc qu’ils l’adoraient en imaginant qu’il était le fils de Dieu. Ils diront pour se défendre que c’est Saydinna ‘Issa qui leur a enseigné cela. Alors, Allâh fera venir ‘Issa pour le questionner et afin qu’il démente devant eux ces fausses allégations. Bien entendu il réfutera cela. Malgré qu’Allâh le sache très bien qu’il n’a jamais prétendu être Dieu ou son fils, et malgré que ‘Issa sache qu’Allâh le sait, il est rapporté que Saydinna ‘Issa sera dans tel état de devoir répondre de cela devant Allâh que son sang sortira par les pores de sa peau. Si un Prophète d’Allâh peut se retrouver dans un état pareil pour devoir témoigner d’une chose dont il est innocent, alors imaginez donc dans quel état nous serons !

– Qu’Allâh nous pardonne et nous facilite ce Jour terrible –

Le précieux conseil de Sheykh ‘Abd al-Qadir al-Jilaniyy est : Faites en sortes que personne n’ait quelque chose à vous reprocher et si c’est le cas, tentez de rectifier le tir.

Wa Allâhou a’alam.

Les Quatre Imams Étaient-ils Soufis ?

 

Sunnisme.com

 

 

Les Quatre Imams Étaient-ils Soufis ?

 

 

 

Question :

Les quatre grands Imams (Abu Hanifah, Malik ibn Anas, ash-Shafi’i et Ahmed ibn Hanbal) étaient-ils Soufis? Qu’ont dit ces monuments de savoir à propos de cette Science de la Purification des cœurs?

 

Réponse :

Pour débuter cet article [1] et pour faire taire définitivement les détracteurs du Tasawwuf (science de la purification de l’âme), c’est-à-dire ces gens qui taxent les Soufis de bida’a (d’innovations blâmables), de shirk (d’association), voire de koufr (mécréance), nous allons citer leur référence absolue, celui qu’ils nomment le Sheykh de l’Islam (Sheykh al-Islam) : al-Hāfidh Ibn Taymiyya (661-728 H.).

Cela en étonnera surement plus d’un, mais sachez que selon al-Hāfidh Ibn Taymiyya (RahimahuLlâh), les quatre grands Imams : Abu Hanifah, Malik ibn Anas, ash-Shafi’i et Ahmed ibn Hanbal (qu’Allâh les agréé) étaient tous des leaders/Imams dans le HADITH, le TAFSIR, le *TASAWWUF* et le FIQH.

Pour vérifier cela, il suffit de regarder dans son ouvrage Minhaj al-Sunnah [2] :

« أئمة أهل الحديث، والتفسير، والتصوف، والفقه، مثل الأئمة الأربعة وأتباعهم »

 

Donc,  d’après al-Hāfidh Ibn Taymiyya, les quatre imams n’étaient pas juste impliqués dans le Tasawwuf  (le Soufisme), mais ils étaient aussi des imams/leaders dans cette Science !

Je me demande bien qu’elle fatwa effrayante et barbare les pseudo-Salafis d’aujourd’hui vont bien pouvoir émettre contre ces quatre grands Savants (ou même contre ibn Taymiyya) ?

La réalité, c’est que Tasawwuf est un chemin noble et il représente un excellent moyen menant à la purification de l’âme. C’est la raison pour laquelle l’ensemble de la Communauté Musulmane (Ummah) l’a accepté, sauf bien sûr, les Ahl al-Bid’ah (pseudo-Salafis) d’aujourd’hui.

Il y a une autre chose que nous pouvons comprendre à partir de ce texte écrit par l’imam Ibn Taymiyya, c’est que l’Imam Abu Hanifah était un IMAM dans le Hadith. C’est une véritable gifle sur le visage de ceux qui (parmi les Salafis) disent qu’il était da’if  (faible) dans le Hadith.

P.S. Le terme « Ahl-Hadith » fait ici référence à ceux qui étaient les maîtres et les savants du Hadith, et non pas à ceux qui aujourd’hui se font appeler les « Ahl-Hadith » et qui sont seulement connus pour leurs compétences de clavier sur Internet.

Nos frères Salafis ont beaucoup de mal avec le fait que leur référence absolue ait pu tenir de tels propos. Et pourtant, il est rapporté d’ibn Taymiyya qu’il était lui même un Soufi, disciple dans la voie Qadiriyya (celle de l’Imam ‘Abdal Qadir al-Jilaniyy) [3]

Par ailleurs, Ibn Taymiyya a parlé du Tasawwuf et de ce qui s’y rapporte dans différents ouvrages, ses paroles sont donc tout à fait trouvables et vérifiables pour quiconque cherche la vérité :

 

En voici quelques-unes :

« …certains ont critiqué les Soufis et le Soufisme en disant qu’ils étaient des innovateurs, en dehors de la Sunna, mais la vérité est qu’ils s’efforcent d’obéir à Allah (…) Parmi eux on trouve les personnes les plus proches [d’Allah] grâce à leurs efforts (actes) » [4]

« Les prodiges des saints sont absolument vrais et corrects et reconnus par tous les savants musulmans. Le Coran l’a indiqué en différentes places et les Hadîth du Prophète (paix et salut sur lui) l’ont mentionné et celui qui nie les prodiges des saints, est innovateur ou disciple d’innovateurs. » [5]

« Allah Tout-puissant dévoilera à Ses saints des états qui n’ont jamais été dévoilé auparavant et Il leur donnera l’appui sans mesure. Si ce saint commence à parler des choses de l’invisible, passées ou présentes ou futures, cela est considéré comme Bâb Al-‘Ilm Al-khâriq, la connaissance extraordinaire. Tout ce qu’un saint fait qui est de l’extraordinaire, pour les gens ou pour des auditeurs, de guérison ou de connaissance d’enseignement, est accepté et nous devons remercier Allah pour cela. » [6]

« Les grands Sheykhs Soufis sont bien connus et acceptés, tels que : Bayazîd Al-Bistâmi, sheikh Abdul Qâdir Jilâni, Junayd ibn Muhammad, Hasan Fudayl Al-Basrî, Ibn Al-Ayyâd, Ibrahim Ibn Al-Adham, Abî Suleymân ad-Dâranî, Ma‘rûf Al-Karkhî, Siri as-Saqtî, sheikh Hammâd, sheikh Abul Bayân. (…) Ces grands Soufis étaient les leaders de l’humanité et ils appelaient à ce qui était juste et interdisaient ce que Dieu avait interdit de mauvais. » [7]

« J’ai porté le manteau Soufi (khirqa) d’un certain nombre de Sheykhs Soufis, appartenant à des Turuq (voies, confréries) diverses, parmi eux Abdel Qâdir Al-Jîlâni, dont la Tariqa est la plus grande de celles bien connues, que la miséricorde d’Allah soit sur lui. » [8]

« Il est dit qu’après le Sceau des Prophètes (paix et salut sur lui), la révélation ne descend pas sur un autre. Pourquoi pas ? En fait elle descend, mais alors ce n’est pas appelé ‘la révélation’ (mais une inspiration : Ilhâm). C’est ce que le Prophète (paix et salut sur lui) a mentionné quand il a dit, ‘ le croyant voit avec la Lumière de Dieu. ‘ Quand le croyant regarde avec la Lumière de Dieu, il voit toutes les choses : le premier et le dernier, le présent et l’absent. Comment une chose peut-être cachée de la Lumière de Dieu ?… Donc la signification de la révélation existe, même si elle n’est pas appelée révélation. (…) ce qui est considéré comme un prodige pour un saint est que parfois le saint pourrait entendre quelque chose que les autres n’entendent pas ou voir quelque chose que les autres ne voient pas, pas lorsqu’il est endormi, mais dans un état réveillé de vision (mushâhada). Il peut connaître des choses que d’autres ne peuvent pas connaître, par le biais de l’inspiration. » [9]

Etc…

 

Cette introduction étant terminée, nous allons maintenant revenir à nos quatre grands Imams et citer quelques-unes de leurs paroles à propos du Tassawuf :

L’Imâm Abû Hanîfa (85-150 H.) a dit : « Si il n’y a avait pas eu ces deux ans, j’aurais péri. (…) Pendant deux ans, j’ai été le compagnon de Sayyidina Ja‘far as-Sâdiq et j’ai acquis la science spirituelle qui a fait de moi un Connaissant (‘ârif) de la Voie. » [10]

L’Imâm Mâlik Ibn Anas (95-179 H.) a dit : « Celui qui étudie la jurisprudence (tafaqaha) et n’étudie pas le soufisme (tasawwuf) est un pervers (fâsiq); et celui qui étudie le soufisme et n’étudie pas la jurisprudence est un hérétique (zindîq); celui qui allie les deux, atteint la vérité ou est le parfait réalisé (tahaqqaqa). » [11]

L’Imâm Shâfi‘î (150-205 H.) a dit : « J’ai fréquenté des soufis et j’ai tiré profit de ce (compagnonnage) à travers trois de leurs paroles :

– Le temps est comme une épée, si tu ne le coupe pas, il te coupe.
– Si tu n’occupes pas ton âme avec la vérité, elle t’occupe avec l’erreur (ce qui est vain).
– Le manque de protection (une totale indigence ou pauvreté). »

Il a dit aussi :

« j’ai aimé trois choses de votre religion : le fait de ne pas imposer ce qui est (trop) difficile, que les gens se réunissent dans la douceur, (l’amabilité), la suivance (l’imitation) de la voie des gens de ‘Tassawwuf’ » [12].

L’Imâm Ahmad Ibn Hanbal (164-241 H.), avant la compagnie des soufis a dit à son fils : « Oh! Mon fils, sois avec ceux qui étudient le Hadîth, et loin des assemblées de ceux qui se nomment soufis. Car parmi eux, certains ignorent les principes de la religion ». Plus tard, il fut le compagnon de Hamza Al-Baghdâdî, le Soufi ; et il connut les états spirituels des initiés et il dit à son fils : « Sois dans les assemblées de ceux qui sont Soufis, (al-qawm), car par leur fréquentation la science, la vigilance intérieure (al-murâqabah), l’humilité (al-khashiyah), l’ascétisme (az-zuhd) et l’aspiration spirituelle augmentent. »

On a rapporté que l’Imâm Ahmad Ibn Hanbal a dit des soufis : « Ne sais-tu pas que parmi les groupes, le meilleur est le-leur ? » On a dit : «  Mais, ils font le samâ‘ (chants spirituels) et connaissent l’extase (al-wajd, al-jadhb), il a dit : « Ils appellent à se réjouir en Allah… »   [13]

Il ne s’agit là que d’un échantillon de ce que nos grands Imams nous ont légués comme paroles sur cette noble et indispensable Science de la purification (at-Tasawwuf). Nous espérons que cela suffira à éclairer les cœurs en quête de Vérité.

Qu’Allâh nous facile le chemin de la purification des cœurs, auprès des maîtres authentiques.

Allâhouma sali ‘ala sayidina Muhammad wa ‘ala alihi wa as-sahbihi wa saalam

 

Notes :

[1] La 1ère partie de l’article est basée sur les recherches de Sheykh M. Yasir al-Hanafi

[2] Al-Hāfidh Ibn Taymiyya, Minhaj al-Sunnah (Volume 1, pages 172-173)

L’ouvrage Minhaj Al-Sunnah représente un travail fantastique réfutant les Rawafidh (Chiites) et c’est un livre que nous devrions tous avoir en notre possession et que nous devrions tous avoir lu et nous reconnaissons le mérite qui est dû à al-Hāfidh Ibn Taymiyya pour ce livre.

Pour en savoir plus sur le Soufisme, rdv sur notre page SPIRITUALITÉ (Tassawuf)

[3] Dans un manuscrit unique de Hanbali Yusuf ibn ‘Abd al-Hadi (d. 909 H./1503 CE), intitulé “Bad’ al- ‘ulqa bi labs al-khirqa”, découverte dans la bibliothèque de la l’université Princeton, Ibn Taymiyya est inscrit dans une généalogie spirituelle Soufie avec d’autres Savant Hanbalites très connus. Les liens dans cette généalogie sont en ordre de descendance de ‘Abdul Al-Qâdir Al-Jilâni :

– Cheikh ‘Abdul Qâdir Jilâni d. 561 H./1165 CE)
– Abou ‘Oumar b. Qoudama (d. 607 H./1210 CE)
– Mouwaffaq ad-Din b. Qoudama d. 620 H./1223 CE)
– Ibn Ali b. Qoudama d. 682 H./1283 CE)
– Ibn Taymiyya d. 728 H./1328 CE)
– Ibn Qayyim al-Jawziyya d. 751 H./1350 CE)
– Ibn Rajab d. 795 H./1393 CE)

En outre, il y a un autre manuscrit unique, aussi trouvé dans la Bibliothèque Princeton, du travail d’ Ibn Taymiyya lui-même, dans un livre nommé, “Targhib al-Mutahabbin fi labs Khirqat al-Mutammayyazan” par Jamal ad-Din al-Talyani. Voici les propres mots d’Ibn Taymiyya, cités dans son : “al-Mas’ala at-Tabraziyya”: “j’ai porté le manteau Soufi béni de Cheikh Abdul Qâdir Jilâni, ayant entre lui et moi deux cheikhs Soufis.” Dans un autre manuscrit il dit : “J’ai porté le manteau soufi d’un certain nombre de cheikhs Soufis, appartenant à des voies spirituelles diverses, parmi eux Abdul Qâdir Al-Jilâni, dont la Tariqa est la plus grande et la plus connue, que la miséricorde d’Allah soit sur lui.” Après IbnTaymiyya, la lignée continue à travers son étudiant et disciple, Ibn Qayyim Al-Jawziyya et son étudiant Ibn Rajab.

Les références pour ce que nous avons mentionné sont : manuscrit “Al-Hadi” dans la Bibliothèque Princeton, Collection Yahuda, fol. 154a, 169b, 171b-172a; manuscrit “at-Talyani”, Chester Beatty, 3296 -8- à Dublin, fol. 67a.

[4] Passage extrait de Majmu’a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11. Voir le scan ICI
[5] Passage extrait de Mukhtasar al-Fatawa al-Masriyya.
[6] Passage extrait de Majmu’a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11.
[7] Passage extrait de Majmu’a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 10.
[8] Passage cité à partir de al-Mas’ala at-Tabraziyya, transmise par Jamal ad-Din al-Talyani dans son Targhib al-Mutahâbbin fi labs Khirqat al-Mutammayyizîn.
[9] Passages cités dans Majmu’a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra.

[10] Phrase tirée de Durr al-Mukhtâr.

[11] Même si on ne peut pas la relier de manière certaine à l’Imam, la phrase est retenue car rapportée par plusieurs grands spécialistes du hadîth comme Sheykh Ahmad Zarrûq, Sheykh ‘Ali ibn Ahmad al-‘Adawî dans le tome 2 de ses œuvres et par al-Hâfiz `Ali al-Qari al-Harawi, Ibn Ajiba et d’autres.

[12] Phrase citée par ‘Ijluni dans son Kashf al-Khafâ, vol. 1, p. 341.

[13] Phrase citée dans le Tanwir al-Qulûb.

Les facteurs qui déterminent la progression dans la Purification

 

– at-Tazkiyyah –

 

 

purification

 

 

 

Ce n’est pas en regardant les actes d’adoration (jours de jeûnes accomplis, nombres de prières effectuées, temps passé dans le dhikr, type de vêtements portés… ) qu’une personne peut vérifier ses progrès sur la voie de la purification, car il ne s’agit là que de moyens (permettant d’y arriver) et non de la finalité. L’objectif du culte est de vous donner ses fruits, à savoir : un bon caractère, un bon comportement, ce qui plait à Allâh. La meilleure façon de vérifier (le progrès effectué), consiste à questionner son entourage proche. En effet, ils seront capables de dire à la personne sa véritable nature, comment elle se comporte à la maison ou à l’extérieur. Il ne va pas sans dire qu’il peut parfois y avoir un membre de la famille susceptible de biaiser la vérité ou de l’exagérer. Mais à part cela, celui qui souhaite connaitre sa nature et les progrès dans sa purification (tazkiyah) peut le savoir en demandant aux gens autour de lui à propos de son caractère. Ce que dit une personne à propos d’elle-même n’a pas d’importance, ce qui compte c’est ce que disent ceux qui l’entourent.

 

Comment procéder ?

1) Une personne doit demander à sa femme / son mari de lister les bonnes choses qu’elle fait ainsi que les zones sur lesquelles elle a besoin de s’améliorer en termes de caractère. Par exemple, si le mari n’accorde pas assez de temps à sa femme, alors il s’agit d’une chose qui doit être améliorée. Ici, une personne cherche à connaitre son caractère, si la femme se plaint que son mari ne lui achète pas ceci ou cela, ce n’est pas la question, plutôt il s’agit de savoir si ses droits sont bien respectés, si le mari ne lui nuit pas, s’il se comporte bien avec elle, etc.

2) Les parents représentent une grande responsabilité et d’immenses bénédictions car le paradis se trouve sous leurs pieds. Ils sont donc une bonne source à questionner si on souhaite lister les points positifs et négatifs de notre caractère. Les parents donneront une opinion juste de leurs enfants car en règle générale ils souhaitent toujours pour eux le meilleur. Ici, on ne cherche pas à savoir si oui ou non tout va bien à l’université ou si nos parents pensent qu’on gagne bien notre vie, car ce sont là des objectifs de la dunya, et ce n’est pas cela qui est visé dans cet exercice. Ce que l’on cherche à savoir, c’est ce qu’ils pensent de la relation que l’on a avec eux et de notre caractère, de comment on les sert, si on les rend heureux, si on leur rend souvent visite, etc.

3) Quelle est le caractère d’une personne envers sa famille (oncles, tantes, neveux, grands-parents…)?  Ils ont également une image de vous et si quelqu’un leur pose la question, ils sauront également donner de précieuses indications. Par exemple, quelqu’un peut être religieux, mais sa famille pointera du doigt qu’il dit être religieux mais que sur tel ou tel point, ce qu’il fait est en contradiction avec l’Islam. La personne qui pratique l’Islam porte une sorte de drapeau de piété qu’elle brandit pour dire qu’elle agit ainsi parce qu’elle est Musulmane, alors s’il y a conflit entre ce qui est proclamé et ce qui est pratiqué, les gens le souligneront.

4) Les enfants sont un bon moyen permettant de savoir comment nous nous comportons à la maison et ce que nous leur présentons en termes de caractère. Est-ce qu’on est très rude et strict, ou plutôt quelqu’un qui écoute et fait preuve de compréhension. Que voit-il de nous à la maison ?

5) Les voisins. Ils sont aussi des proches et représentent un moyen de déverrouiller et de voir l’image que l’on renvoi et quels domaines doivent être améliorés. Est-ce qu’on ne le dérange pas, est-ce qu’on les aide quand ils en ont besoin, est-on souriant, aimable, etc. Dans tout ce qu’ils diront il y aura surement quelque chose à prendre en vue de s’améliorer.

6) Les partenaires commerciaux et collègues de travail verront quant à eux la personne à travers la lentille du travail. C’est aussi un bon moyen de savoir comment nous sommes en réalité. Cela fournit la base pour voir si quelqu’un qui prie, jeûne et fait d’autres bonnes actions parvient jusqu’aux fruits de l’adoration.

7) Enfin, interroger et regarder le comportement que nous avons vis-à-vis de nos amis, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, ainsi que toute personne avec qui nous sommes en relation, comme la police, les impôts, notre banque, les automobilistes, etc.

De même, celui qui a des animaux sous sa responsabilité, qu’il s’agisse d’un chat, d’une poule, d’un poisson ou d’un âne, peut se demander ce qu’ils diraient de lui si on venait à les interroger.

Ne restez pas avec cette fausse impression de piété, en imaginant que vos adorations (jeûnes, prières…) font de vous une personne pieuse. Si vous désirez connaitre l’état de votre relation avec Allâh, regardez l’état de votre relation avec Sa création.

Êtes-vous en mesure de présenter une feuille blanche quand vous questionnez votre entourage (épouse, enfants…) à propos des défauts de votre caractère ? C’est pourtant là l’objectif de la purification (at-Tazkiyyah). Autrement, qu’avez-vous accompli en termes de Tazkiyyah, de Tassawuf?

Il ne sert à rien de cacher son état. Si vous allez voir un médecin et que vous lui demandez un exposé de votre santé, tout en lui cachant le fait que vous avez un cancer, à qui cela nuira-t-il ? Qui des deux en souffrira ?  Si vous avez une maladie, elle doit être traitée et non pas être cachée, sans quoi elle vous nuira encore et pourrait même s’aggraver (NDT : c’est là le rôle du Sheykh de Tazkiyyah).

Certains pouvaient ne pas accepter le fait que Saydinna Muhammad (salallahou ‘alayhi wassalaam) était un Prophète, mais personne ne pouvait dire de lui qu’il était une mauvaise personne ou qu’il n’accordait pas son droit à chaque créature avec qui il interagissait.

Le point à garder à l’esprit, c’est que ne sont pas les actes d’adorations optionnels que nous effectuons qui déterminent notre succès, notre progrès et le bon développement du caractère. A vrai dire, il faut regarder la réalité de notre caractère, c’est-à-dire, ce qu’il est en réalité.

Une bouteille peut ressembler et être étiquetée comme contenant de l’eau de Zamzam mais il est possible qu’en réalité elle contienne de l’alcool et ceci est très dangereux et c’est une mauvaise chose. Nous sommes des bouteilles et nous nous sommes nommés Musulmans (soumis et obéissants à Allâh et soucieux du bien être de Sa création). Nous sommes des bouteilles qui marchent, parlent, et notre caractère est notre eau. Un Musulman est plus précieux et digne que l’eau de Zamzam donc il a une grande responsabilité sur la véracité de ses prétentions (son contenu). Telle l’eau de Zamzam qui soigne, guérit, etc. le Musulman doit être bénéfique à ceux avec qui il a des interactions. Les vêtements et l’apparence sont seulement les étiquettes qu’une personne porte et il est facile de prendre n’importe quelle étiquette et de prétendre être ceci ou cela, mais l’intérieur, c’est ce qui transportera réellement une personne en avant, avec l’aspect extérieur comme complément, vers la proximité d’Allah ‘azzawajal.

 

Notes :

Basé sur un dars de Mawlana Ahmad Dabbagh [hafidhuLlâh]

L’effet des Awliyas (Les Amis d’Allâh)

 

 

Awliyas

 

 

Alors qu’il se promenait en ville, le grand Imam et Mutasawwif Abûl Qasim al-Junayd al-Baghdadiyy (radhia Allâhu ‘anhu) passa à proximité de l’endroit où se déroulaient les peines publiques (hadoud). Les gens étaient rassemblés et il y avait là un homme dont on allait couper la main et le pied. Il s’arrêta et demanda pourquoi cet homme allait ainsi être puni. Les gens lui répondirent qu’il s’agissait d’un bandit multirécidiviste. Il avait déjà été attrapé à plusieurs reprises et à chaque fois le Juge (Qadi) lui avait pardonné, mais cette fois-ci, face à ses nombreuses récidives, le juge avait décidé de le punir.

En dépit du fait que sa main et son pied furent coupés, le bandit continua ses activités malhonnêtes et demeura un leader du banditisme. Jusqu’au jour où, commettant un délit de cambriolage, il tua plusieurs habitants de la maison dans laquelle il était en train de voler. Cette fois-ci, suite à ces meurtres, le Juge ordonna qu’il soit exécuté.

Alors que la sentence allait être accomplie, l’Imam Junayd saisit le pied du bandit (celui qui restait) et l’embrassa. Tous les gens présents furent surpris et choqués, car l’Imam était connu comme étant un grand savant et comme faisant partie des personnes les plus pieuses de tous les temps, alors que l’autre n’était qu’un criminel. Ils pensèrent que l’Imam embrassait le pied d’un criminel. Tout le monde se demanda ce qui était en train de se passer. Un des Murids (disciples) présents demanda à l’Imam s’il pouvait donner une nassiha (conseil) afin de retirer toute confusion dans l’esprit des gens et qu’ils ne pensent pas du mal d’un des Awliya d’Allâh.

L’Imam Junayd al-Baghdadiyy répondit : « Ce n’est pas son pied que j’ai embrassé. Cet homme est un multirécidiviste et malgré les punitions infligées, il est resté déterminé. Il possède cette qualité nommée Istiqama (constance). J’aimerai que Junayd soit aussi ferme dans le suivi de la Sunnah de Saydinna Rassoul Allâh (salallâhou ‘alayhi wassalam), de sorte que même si ma main allait être coupée je continuerai tout de même la Sunnah, mais je n’ai pas ce courage et il est probable que je chercherai à sauver ma main. Lui sa main et son pied ont été coupés. J’aimerai être aussi constant dans le suivi des Lois d’Allâh et ce, même si je devais perdre une main et un pied. C’est cette qualité d’Istiqama que j’ai embrassé. »

Bien que ce bandit allait être exécuté dans les prochaines minutes, lorsqu’il entendit cela, quelque chose de profond se produisit en lui. Il dit alors : « Assurément, j’ai perdu mon temps tandis que j’avais en moi cette qualité ».

Juste après avoir écouté les paroles de l’Imam Junayd, le bandit se repentit. L’Imam Junayd demanda quelques minutes au bourreau et il transmit au bandit un Dhikr, une nassiha de Tawbah (repentance) et lui demanda de faire istighfar (demander pardon à Allâh). Puis, il s’en alla.

Alors que ce bandit, dans les dernières minutes de sa vie, se dirigeait probablement vers l’enfer, le simple passage d’un Wali lui fut profitable. Et ce n’est pas de Science dont il bénéficia, mais bien de la présence du Wali.

Ainsi, ne sous estimez jamais les bienfaits des Awliyas d’Allâh, cherchez leur compagnie et ne pensez pas du mal des gens, vous ne savez pas comment ils finiront.

Qu’Allâh nous compte parmi ces pieux serviteurs repentis et qu’Il nous fasse bénéficier des Ses Awliyyas.

 

Nos Portes Sont Ouvertes

 

Sheykh Muhammad al-Yaqoubi

 

 

Portes

 

 

Nos portes sont ouvertes ; certains choisissent de regarder de l’extérieur tandis que d’autres frappent à la porte et entrent. Certains parmi ceux qui entrent préfèrent s’asseoir au seuil au service de la maisonnée ; il ne leur faut pas bien longtemps pour être admis.

La plupart des visiteurs entrent, puis s’occupent à regarder la beauté de la maison. Une première boisson est offerte mais tout le monde ne la prend pas, certains ne ressentent pas la soif. La plupart de ceux qui y ont goutté n’en ont jamais assez et s’arrêtent dans le couloir et en demandent encore. Pour eux, il s’agit de l’élixir [1] et à court d’extase, ils continuent de parler de la boisson et en redemandent jusqu’à s’en intoxiquer et ainsi devenir incapables de rejoindre la réception.

Ils oublient que la boisson n’avait pour but que de leur souhaiter la bienvenue et que la nourriture (le repas) est servie plus tard et que de plus grandes satisfactions sont à venir.

Ceux qui sont entrés et se sont assis au banquet ont le plus grand honneur de la compagnie du Propriétaire. Les secrets leurs sont donnés et les voiles leurs sont retirés et ils demeurent dans la maison tandis que les autres restent dans la cour extérieure, ébahis par la beauté de la maison ou intoxiqués par la première tasse.

 

Notes :

[1] C’est-à-dire qu’ils y trouvent une satisfaction et pensent être arrivés à destination, au bout de leur quête. Wa Allâhou a’alam.

L’importance de la recherche du Maître (Sheykh)

 

Sheykh al-‘Arabî al-Daraqâwî [1]

 

Maître

Pour cet art (at-Tazkiyyah n-nafs / purification du nafs -), un Maître (Sheykh) est indispensable car on a dit : « Celui qui n’a pas de Maître, c’est Satan son Maître. » On a également dit « Celui qui n’a pas Maître n’a pas de direction (Qibla). » Ibn Shaybân a dit « Celui qui n’a pas de Maître ne vaut rien. Supprimer les moyens intermédiaires conduit à la perdition, mais leur attribuer le résultat est une aberration. »

Pour nous, même celui qui a accédé à la science de la Réalité spirituelle sans avoir recours à un intermédiaire doit, selon la loi des gens de cette science, prendre comme Maître l’un de ses détenteurs, s’il le trouve ; et le seul à ne pas le trouver sera celui qui prétend s’en passer, par une vue de son ego. Celui qui en éprouve véritablement le besoin, je pense qu’il le rencontrera où qu’il se trouve, qu’il soit proche ou éloigné, en terre musulmane ou en terre chrétienne ; c’est ce besoin même qui l’amènera à lui, où qu’il se trouve. Que ce soit le Maître qui vienne au disciple ou l’inverse, c’est la Toute-Puissance divine qui les réunira.

Mais s’il suit la Voie sans Maître, en s’en remettant à son seul point de vue individuel, alors par Allâh, il en sera comme l’a dit Sidî Abù Hâmid al-Ghazali dans sa Bidâya al-hidâya, à savoir qu’un aspirant (mûrid) sans Maître n’arrivera à rien, de même qu’un arbre qui pousse dans le désert ne donne pas de fruit.

Quant à celui qui affirme qu’il n’y a pas de Maître à son époque, il se trompe [2] ! Ecoute, Sidi Ahmad, ce qui arriva à un homme de l’Orient qui vint au Maghreb à la recherche du Pôle ; il rencontra le Saint `Abd al-Wârith al-Yalsûtî, celui-là même qui se trouve ici chez les Banû Zarwâl, et le questionna au sujet du Pôle. Ce dernier lui répondit « Si Allâh ouvrait ta vision intérieure, tu le trouverais devant toi. »

 

Notes :

[1] Sheykh al-‘Arabî al-Daraqâwî dans al-Rasâ’il
[2] Le Sheykh fait ici référence à une parole attribuée à Sheykh al-Hadramî disant que : « L’éducation spirituelle à disparue. » En réalité cette phrase ne veut pas dire que les authentiques Maîtres spirituels on disparus. D’ailleurs le grand maître ash-Sheykh Saydunna Abd al-‘Azîz ad-Dabbagh (radhia Allâhou ‘anhou) explique cette phrase de la même manière dans son Kitab al-Ibriz.