Les Degrés de Paresse et leur Remède

 

Ustadh Qais Miah

 

 

paresse

 

 

BismiLlâhi ar-Rahmani ar-Rahîm,

La paresse est une maladie spirituelle très grave puisque beaucoup de gens iront en enfer à cause d’elle.

Mawlana Sheykh Ahmad Dabbagh en donne la définition suivante : « C’est l’attribut de ne pas faire une tâche intentionnellement en dépit du fait qu’on possède la capacité de l’accomplir. »

Par exemple, imaginons que c’est l’heure du petit déjeuner, vous avez du lait, des céréales, des fruits, des tartines, de la confiture, vous avez le temps, vous n’êtes pas en retard, mais la paresse vous empêche de vous lever et d’aller préparer et prendre votre petit déjeuner. Pourtant, Allâh vous a donné la subsistance, le corps, le temps, mais malgré cela, par paresse vous ne prendrez pas ce petit déjeuner. Vous avez la capacité de le faire, mais vous ne le ferez pas. Que nous en soyons conscients ou non, c’est une maladie.

Il y a un autre mot que l’on emploie pour la paresse, c’est la procrastination. La signification de ce mot est la suivante :

La procrastination (du latin pro, qui signifie « en avant » et crastinus qui signifie « du lendemain ») est une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate [1].

Imaginons que vous ayez un devoir à rendre pour l’école et qu’on vous a donné 4 semaines pour le réaliser, ce qui est largement suffisant. Vous avez tout le matériel nécessaire, mais chaque jour, vous repoussez au lendemain et finalement le devoir sera fait dans les tout derniers jours, dans la précipitation et la panique. Dans certains cas, le devoir ne sera pas fait et la personne prétextera malgré tout le manque de temps. Par contre, la personne aura trouvé le temps de regarder un film, un match de football et une série, de sortir avec ses amis, de jouer à la console, de passer des dizaines d’heures sur les réseaux sociaux, etc. A chaque fois que l’occasion de faire ce devoir arrivera, la personne trouvera systématiquement quelque chose d’autre à faire. En vérité, comme cela est stipulé dans la définition suscitée, le manque de satisfaction que procure la tâche à accomplir nous pousse à la reporter toujours un peu plus loin. À la base on avait le temps, la tranquillité, mais la procrastination nous met maintenant dans une situation de stress et d’urgence. On arrive à un point où la personne va maintenant dépenser toute son énergie pour faire ce devoir, allant même jusqu’à ne plus manger et ne plus dormir à cause de l’angoisse et de la quantité de travail qu’elle doit maintenant fournir en un temps très restreint. Une fois le travail rendu, on se plaint de la difficulté du devoir et on se promet de ne plus remettre au lendemain. Bien entendu, dès que la situation se représente, on reproduit exactement le même schéma. Donc procrastiner, c’est le fait de faire une tâche qui nous procure plus de plaisir, une tâche typiquement moins importante et moins urgente que celle que nous devions accomplir à la base.

Combien d’entre nous sont collés 5 ou 6 heures d’affilée devant la TV avec plaisir et avec aise, alors que passer 20 minutes à se souvenir d’Allâh (Dhikr) nous est pénible ?

 

En terme de Religion et plus particulièrement en ce qui concerne ceux qui cheminent vers Allâh (Murids), il est possible d’observer trois catégories :

1/ Saalik : celui qui avance sur le chemin (tariqah)
2/ Waaqif : celui qui s’est arrêté ou qui stagne sur le chemin
3/ Raaji’ : celui qui s’est détourné du chemin

 

Il existe par ailleurs sept degrés de Paresse

Hazrat Nizaam ud-Deen Awliyah رحمه الله a déclaré qu’il existe sept degrés de Paresse et que le fait de persister sur l’un d’entre eux est vraiment dommageable et dangereux. Lorsqu’une personne persiste dans le degré dans lequel elle se situe sans chercher à guérir de cet état (auprès de son Sheykh), elle tombe dans un degré encore plus bas (et ainsi de suite).

1/ Se détourner : la personne a arrêté de pratiquer ce qu’elle avait l’habitude de faire (dhikr, méditation, bonnes actions..).
Si elle persiste,

2/ Voile : un voile se place entre la personne et Allâh.
Si elle persiste,

3/ Séparation : entre la personne et Allâh, elle oublie Allâh et se laisse aller aux plaisirs et aux désirs que lui dictent son nafs et Shaytan.
Si elle persiste,

4/ Confiscation des bénédictions supérieures : si Allâh avait accordé des bénédictions particulières à la personne, Il les lui retire.
Si elle persiste,

5/ Confiscation des bénédictions de base : si la personne avait une vertu particulière avant de s’engager dans le chemin (il avait l’habitude de prier avec facilité, de réciter le Qour’an, de donner l’aumône…) elle lui est retirée à cause de manque de gratitude.
Si elle persiste,

6/ Satisfaction : le cœur de la personne trouve sa satisfaction dans cette séparation. Elle dit : « Je n’ai pas besoin d’Allâh, ce que j’ai décidé me satisfait, chacun son chemin, j’ai choisi le mien, qui es-tu pour me conseiller ceci ou cela, je fais ce que je veux… ». ll n’y a pas une molécule ou une de seule de ses cellules qui ne bougent sans la Permission, la Volonté et le Pouvoir d’Allâh, mais la personne est maintenant persuadée qu’elle peut se passer de Lui.
Si elle persiste,

7/ Hostilité : si la personne ne se repend pas de l’état précédent et décide de changer véritablement, alors elle devient hostile lorsqu’on lui mentionne les bonnes choses. Elle se détourne, elle n’est pas du tout intéressée, elle ne veut rien écouter de ce qui constitue un bien. Cette personne fait maintenant partie des Shayatins (démons).

Il existe encore un degré encore plus grave qui est « le Scellement du cœur », après quoi il n’y a plus de retour, ni de remèdes possibles. La mécréance ne peut plus sortir et la Foi ne peut plus entrer. L’individu à lui-même engendré le scellement de son cœur tout comme un toxicomane engendre la destruction de son corps.

Il est rapporté que le Prophète Muhammad ﷺ a dit :

« Celui qui commet zina (fornication) n’est pas croyant lorsqu’il est en train de le commettre ». [2]

Abu Dawud et d’autres consignent également ce Hadith :

« Lorsque le serviteur commet l’adultère, la foi sort de lui et se tient au-dessus de sa tête comme une ombre, et lorsqu’il arrête, la foi retourne à lui ». [3] et [4]

Le grand Wali, Sheykh ‘Abd al-‘Aziz ad-Dabbagh رحمه الله a déclaré : « Lorsqu’une personne commet un péché, sa Foi (iman) sort de son corps et se tient au dessus d’elle comme un parapluie. » Imaginez si cette Foi ne retourne pas dans le corps de la personne. Imaginez qu’elle meurt dans cet état. Il ne faut pas prendre les péchés à la légère. Un péché est une désobéissance envers Allâh.

 

De quoi a besoin la personne paresseuse ?

La personne qui est confrontée à la paresse à besoin de constance et de persévérance [5].

 

Comment combattre la paresse ?

Hazrat Mujaddad رحمه الله a dit : «  Cette petite sagesse est l’essence du mysticisme : Si vous ressentez de la paresse à accomplir un acte d’obéissance, défiez votre paresse et gagnez votre défi. Et si une envie de péché vous assaille, défiez l’envie et éloignez-vous du péché. Celui qui s’accroche à cela n’a besoin de rien d’autre, car c’est un acte majeur de sagesse établissant la communion avec Allâh Ta’ala… »

Ceci est aussi valable pour n’importe qu’elle addiction (cigarette, pornographie, etc.). Imaginons que ce soit l’heure de prier et que la paresse se présente. Bien sûr, votre nafs arrive aussitôt pour vous fournir toutes les excuses possibles (je rentre du travail, je suis fatigué, je dois m’occuper de tel truc, je la ferai plus tard, etc.). Dès que cette paresse se présente, vous devez la défier de suite et faire en sorte de gagner. La paresse est une mauvaise habitude et vous devez casser cette habitude. De même, si ça concerne une addiction sur un péché, dès que l’envie se présente, défiez l’envie et restez loin du péché, et ainsi de suite jusqu’à ce que cette habitude soit cassée.

L’heure du Dhikr quotidien est maintenant arrivée et je me sens paresseux. Je n’ai pas envie de le faire… HÉ BIEN NON ! JE VAIS LE FAIRE. Je défie cette paresse et je vais gagner contre elle ! Je ferai mon Dhikr ! C’est moi qui ai le contrôle de ma destinée et non la paresse (sujette aux désirs du nafs) ! Ce n’est pas plus compliqué que ça, il suffit d’appliquer cette méthode avec fermeté. Vous avez la paresse de faire le wudhu (ablutions) avant de dormir ? Défiez votre flemme, allez à la salle de bain, faites votre wudhu puis allez vous coucher, vous aurez gagné et vous serez récompensés par Allâh, non seulement pour avoir fait votre wudhu ce qui est très bénéfique comme Sunnah, mais aussi pour avoir lutté contre votre paresse pour l’Agrément d’Allâh ! Et vous pouvez appliquer cette méthode pour tout ce qui peut être impliqué de près ou de loin dans les péchés : les yeux, les mains, l’estomac, les pieds, les oreilles, les parties intimes, la langue, etc…

 

Remède Pratique contre la Paresse :

Le remède est composé de constance et de persévérance, car c’est ce que recherche l’individu. Il faut contrôler le temps avant que le temps ne nous contrôle, ou pour paraphraser une sagesse Soufi attribuée à l’Imam ash-Shafé’i رحمه الله : « Le temps est comme une épée, si tu ne le tranches pas, c’est lui qui te coupe.  »

Le temps (en Arabe : al-‘Asr) est vraiment une notion très importante. C’est la richesse la plus importante dont nous disposons et chaque seconde passée ne pourra jamais être récupérée. Et chaque seconde passée nous rapproche un peu plus de la mort et de notre Jugement par Allâh Ta’ala.

Dans la Sourate al-‘Asr, Allâh dit :

« Par le Temps ! L’homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent mutuellement la droiture et s’enjoignent mutuellement l’endurance. »

Par conséquent, chacun d’entre nous devrait se créer un emploi du temps qui soit facilement praticable et réaliste puis le mettre en pratique pour 30 jours. Lorsque vous aurez agi de cette manière durant 30 jours, votre esprit aura pris le pli et se sera habitué à cette manière d’agir. Ce sera devenu une habitude. Si on a le temps pour passer des heures sur Youtube ou Netflix, on pourra aisément dégager un peu de temps pour Allâh. C’est de cette manière qu’on reprend le contrôle de son nafs.

Avant de réaliser cet emploi du temps, il est important de cibler le ou les points qu’on souhaite améliorer et sur lesquels la paresse a de l’emprise [6]. S’agit-il de la prière, de l’apprentissage des Sciences Islamiques, du rattrapage des prières passées, du Dhikr quotidien, de sa vie de famille ?…

Ensuite on ciblera, à quel moment il est possible dans notre journée de trouver le temps libre nécessaire pour accomplir cette activité que nous avons délaissée. Comme un imprévu est toujours possible, on fera en sorte d’identifier un autre moment où ce sera également possible, au cas où. Ainsi, ce scénario devra aussi être réalisable si on est en déplacement, en vacances et dans chaque situation pouvant se présenter. Il devra être flexible. Trente jours suffiront inshaa Allâh pour que cela devienne une habitude qu’on pourra ensuite facilement prolonger pour le reste de notre vie. Pour chaque jour réussi, on coche une case. Si un jour on échoue avant d’avoir complété les 30 jours, en violant cette promesse de constance, en loupant le 5ème jour par exemple, alors on remplit cette case de noir puis on repart à zéro avec une nouvelle motivation encore plus forte. Et ainsi de suite jusqu’à atteindre 30 jours consécutifs sans interruption.

Pour plus d’efficacité, il est recommandé de ne pas multiplier les tâches sur lesquelles on a décidé de progresser et de s’accrocher. En effet, il serait vain de vouloir se faire un programme du type : rattraper des prières + une heure de dhikr + apprentissage du Qour’an + méditation + langue Arabe. C’est un beau programme, mais soyons réalistes, mais même en étalant sur une journée entière, pour la plupart d’entre nous ce ne sera pas tenable. Mieux vaudra donc faire un programme léger avec une ou deux tâches au maximum, mais sur lequel on est sûr de pouvoir être constant.

C’est pourquoi, dans un hA le Prophète Muhammad ﷺ a dit : « L’action la plus aimée d’Allâh est l’action la plus régulière et la plus constante, même si elle est petite. » [7]

Ce système est recommandé par de nombreux Mashaykh.

POUR VOUS FACILITER LA TÂCHE, NOUS AVONS PRIS SOIN DE PRÉPARER LE TABLEAU QUE VOUS POUVEZ TÉLÉCHARGER ICI

D’un certain point de vue, perdre son temps est pire que le péché, car une personne peut toujours se repentir de ses péchés, regretter, puis tirer bénéfice de cela. Mais il n’existe aucun moyen de bénéficier de la perte de temps. Shaytan n’arrive pas à inciter certaines personnes au péché, alors il réduit leurs vies en leur faisant perdre leur temps. Ensuite ces personnes réduisent elles-mêmes leurs vies en gaspillant leur temps. Des heures et des heures devant des séries, des heures et des heures devant Facebook, des heures et des heures devant la console, des heures et des heures à nous occuper de futilités…  À ce propos, il sera aussi très profitable durant une semaine, de noter pour chaque jour le temps précis que vous passez sur ce qui concerne la Religion (Dhikr, apprentissage, da’awa, lectures, prières, Qour’an…) ainsi que le temps précis que vous passez dans le divertissement (Facebook et réseaux sociaux, TV, séries, films, sport, hobbies, ami(e)s, etc.). Ceci vous aidera à faire le point et à visualiser le fossé qu’il y a entre les deux. On pourra toujours se dire qu’on est des Musulmans, qu’on souhaite le Paradis, la Proximité d’Allâh, mais comme dit le dicton : « les actes comptent plus que les mots ». Le fait de noter, cela rendra les choses visibles à nos yeux, car souvent on reste dans une impression de vague, pensant accomplir suffisamment.

 

Réfléchissez et posez-vous sincèrement la question suivante :

Combien de temps passez-vous chaque jour à réfléchir sur la mort ?

Penser à la mort, chaque jour ,constitue également un remède puissant contre la paresse et le gaspillage du temps. Lire le Qour’an et réfléchir et méditer lors de sa lecture aide beaucoup à cela, car la mort et l’au-delà sont mentionnés à de nombreuses reprises dans le Livre d’Allâh. Ne croyez pas que le chemin vers Allâh soit quelque chose de mystique ou de flou. C’est un chemin clair, basé sur des fondements solides et chacun peut constater ses propres progrès et où il se situe dans sa relation avec Allâh, à partir du moment où il est accompagné d’un Sheykh véritable et de la volonté farouche de faire les choses (agir).

Celui qui remplace ce gaspillage de temps par les actions qui plaisent à Allâh a une voie tracée pour devenir un Wali (Ami/Allié) d’Allâh.

Qu’Allâh nous accorde la constance, la persévérance et la fermeté et qu’Il nous aide à nous débarrasser de nos défauts et de nos mauvaises habitudes.

Wa Allâhu a’alam.

 

Notes :

Article réalisé en partie à partir d’une conférence d’Ustadh Qais Miah puis enrichie par l’équipe de Sunnisme.com

[1] Wikipédia
[2] Bukhari et Muslim
[3] Authentifié par Al-Hakim et Ad-Dhahabi
[4] Jusqu’à ce que l’acte soit terminé (et Allâh est plus Savant)
[5] Une fois qu’on peut mettre un nom sur ce besoin, il est plus facile de demander l’aide d’Allâh.
[6] Dans cet article, nous nous intéresserons principalement aux actes religieux, mais cela peut aussi s’appliquer dans ce qui concerne notre vie mondaine (études, travail, foyer, famille, etc.)
[7] Sahih de Bukhari