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Ceux qui commettent des péchés majeurs resteront-ils dans le feu de l’Enfer pour toujours ?

Sheykh Dr. Muhammad Abu Bakr Badhib

Enfer éternel - péchés majeurs - Islam
Question :

Ceux qui commettent des péchés majeurs resteront-ils dans le feu de l’Enfer pour toujours ?

Réponse :
 
Au nom d’Allah, toute louange est à Allah. Que la paix et les bénédictions soient sur notre maître Muhammad, le Messager d’Allah, ainsi que sur sa famille, ses compagnons et ceux qui le suivent.

On peut en effet se poser la question de savoir si ceux qui commettent des péchés majeurs resteront en Enfer pour toujours ?

L’Islam interdit sans équivoque les péchés et met en garde contre leur commission. Les textes Coraniques et Sunnites soulignent cette position, catégorisant les péchés en différents degrés, englobant les fautes mineures et les péchés majeurs (kaba’ir). Chaque péché entraîne des règles et des punitions distinctes au sein de la loi Islamique. Cette discussion se concentre spécifiquement sur les péchés majeurs.

Les péchés majeurs (kaba’ir, pluriel de kabira) entraînent des sanctions sévères, comme l’indiquent les avertissements Coraniques et Sunnites, comme dans le cas de la consommation de l’usure. Allah (le Très-Haut) déclare : « Certes Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne quelqu’associé. À part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Allah quelqu’associé commet un énorme péché. » [Coran, 4:48]

Un croyant qui commet un péché majeur fera face à une punition proportionnelle à sa transgression, mais il ne supportera pas la damnation éternelle en Enfer comme les mécréants.

Le Coran contient un verset suggérant l’Enfer éternel pour celui qui tue intentionnellement un croyant : « Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. Allah l’a frappé de Sa colère, l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment. » [Coran 4:93].

Cependant, ce verset concerne un mécréant qui tue un croyant à cause de sa foi, entraînant un châtiment éternel. Un musulman qui prend une vie injustement ou qui se suicide, bien que pécheur, reste dans le giron de l’Islam. Le Coran décrit l’expiation pour de telles offenses : «  Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n’est par erreur. Quiconque tue par erreur un croyant, qu’il affranchisse alors un esclave croyant… » [Coran, 4 :92]

D’éminents érudits, dont l’imam Abu Mansur al-Maturidi et l’imam Ghazali, conviennent que le verset traite la légitimation du meurtre, soulignant que quiconque tue un croyant pour sa foi est un mécréant, justifiant l’Enfer éternel. Le verset ne s’applique pas à un musulman pécheur qui tue injustement.

Dans son ouvrage « al-Minhaj fi Shu’ab al-Iman », l’Imam Halimi, en ce qui concerne le Jour du Jugement dernier, classe les gens en trois catégories :

1. les croyants pieux sans péchés majeurs,
2. les croyants aux actes mixtes,
3. les mécréants.

Les justes verront leurs bonnes actions l’emporter sur les péchés mineurs, tandis que ceux qui ont des actions mixtes feront face à un jugement basé sur l’équilibre entre les bonnes actions et les péchés, la foi servant de fondement aux premières. Quant aux mécréants, ils endureront l’Enfer à cause de leur incrédulité [1] et de leurs péchés.

Dans « al-Jawhara », l’Imam Laqqani, souligne que l’Enfer éternel n’est pas le destin d’un pécheur repentant. La discussion présentée ici est un résumé, et pour une exploration plus approfondie, il convient de se référer aux commentaires de l’ouvrage Al-Jawhara.

Qu’Allah accorde le succès à ceux qui cherchent la compréhension.

Sheykh Dr. Muhammad Abu Bakr Badhib

Notes :

Sheykh Dr. Muhammad Abu Bakr Badhib est un éminent érudit islamique du Yémen, né à Shibam, Hadramaout en 1976. Il a obtenu son diplôme en charia de l’Université Al-Ahqaf, une maîtrise de l’Université islamique de Beyrouth et un doctorat d’Usul al-Din de l’Université musulmane d’Aligarh (AMU).

Il a étudié auprès de grands érudits tels que Sheykh al-Habib Ahmad Mashhur al-Haddad, Sheykh Fadl Ba’ fadl, Habib Salim al-Shatiri, Habib Ali Mashhur bin Hafeez et d’autres. Il a été directeur des publications à Dar al-Fiqh, ancien directeur adjoint des relations culturelles à l’université Al-Ahqaf, ancien assistant pour les affaires du personnel à Atiyah Iron Company, chercheur au Centre Sunna affilié à Dallah al-Fondation Baraka et chercheur à la branche de l’encyclopédie de Makka al-Mukarrama et de Madina al-Munawwara de la Fondation Al-Furqan.

[1] Ndt : C’est-à-dire à cause de leur reniement de l’existence de Dieu, de Ses Prophètes et des règles qu’Il a donné aux Humains.

3 choses qui désintègrent la Foi du croyant au moment de sa mort

 

Selon l’Imam Abû Hanîfa

 

 

 

 

Selon le grand Imâm Abû Hanîfa Nuʿmān ibn Thābit رضى الله عنه, trois choses sont susceptibles de désintégrer la Foi d’un croyant au moment de sa mort :

 

1/ Ne pas remercier Allâh (shukr) pour nous avoir béni en nous donnant la Foi (al-Iman).

Il arrive qu’on oublie de remercier Allâh pour cet immense bienfait. On remercie facilement celui qui nous donne un verre d’eau ou un cadeau quelconque, mais on oublie de prendre deux minutes pour remercier Allâh de ce cadeau qui n’a pas d’équivalent. Combien ont reçu ce cadeau sans même ne l’avoir jamais demandé ? Dans l’idéal c’est une chose (remercier) que nous devrions faire tous les jours. N’oublions pas que celui qui montre de la gratitude envers Allâh pour un bienfait qu’Il nous a octroyé voit ce bienfait augmenter. Allâh dit la dans le Qour’an :

« Wa-ith taaththana rabbukum la-in shakartum laazeedannakum … », ce qui signifie : « Votre Seigneur ne vous a-t-Il pas prévenus, en disant : J’augmenterai Ma grâce, si vous êtes reconnaissants… » [1]

2/ Ne pas accomplir ses obligations.

On parle bien entendu du fait de Prier cinq fois par jour, de payer la Zakat, de faire le Hadj, de jeûner durant le mois de Ramadan, mais aussi accomplir les devoirs envers nos parents, etc. Accomplir ses obligations représente une protection contre la perte de la Foi. Rappelons-nous que la Prière reste obligatoire même en temps de guerre, durant une bataille, alors que les flèches fusent et que notre vie est en danger. Que dire alors de la Prière de celui qui est en paix, tranquille chez lui et qui ne prie pas juste par paresse ? Allâh ne nous a pas envoyés sur terre pour les loisirs ou le travail, mais pour chercher Son agrément et nous soumettre à Sa Volonté. Qu’Allâh nous pardonne notre insouciance et nous facilite.

3/ Maltraiter ou être injustice (zulm) avec une créature d’Allâh.

Cela concerne aussi bien les gens que les animaux. Tout le monde connait le récit de la femme qui a été châtiée en Enfer à cause d’une chatte qu’elle avait enfermée, qu’elle ne l’avait pas nourrie ni abreuvée, et ne l’avait pas non plus laissée en liberté pour qu’elle mange les petites bêtes de la terre. [2] Imaginez alors ce qui peut arriver si on maltraite des êtres humains ? Il faut faire attention à ne pas confisquer les propriétés des gens, ni les escroquer, ni les torturer, ni porter contre eux de fausses accusations, ni dérober leur argent d’une manière ou d’une autre, etc. L’Imam Abû Hanîfa dit qu’il y a un risque que la personne qui agit ainsi perde sa Foi au moment de sa mort, comme châtiment de la part d’Allâh. A contrario, agir en bien envers les créatures d’Allâh peut avoir pour conséquence qu’Allâh accorde la Foi à une personne non croyante ou que celui qui a déjà la Foi voit sa Foi augmenter.

Qu’Allâh nous accorde une mort dans la Foi et avec pour bagage Son plein Agrément.

 

Notes :

D’après un dars de Mawlana Sheykh Ahmad Dabbagh حفظه الله

[1] Qour’an, s14, v7
[2] Rapporté par Al-Bukhârî , n°3482 et par Muslim n°2242.

Lire ici la biographie de l’Imam Abû Hanîfa

Parmi les pires péchés de la langue, la médisance (al-ghayba الغيبة)

 

 

 

 

BismiLlâhi ar-Rahmani ar-Rahim,

Au jour du Jugement, il est rapporté que nos propres organes, comme notre langue, nos yeux, nos oreilles, nos mains et le reste de notre être physique – témoigneront contre nous. Ceci est confirmé par Allâh dans le noble Qour’an :

« Le jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront contre eux de ce qu’ils faisaient » [1]

« Alors quand ils y seront, leur ouïe, leurs yeux et leurs peaux témoigneront contre eux de ce qu’ils œuvraient » [2]

Parmi les organes impliqués dans les péchés et qu’il convient donc de purifier, la langue est sans doute le membre le plus concerné et il est donc important d’être extrêmement vigilants. La langue est un organe par lequel rentrent beaucoup de péchés sur lesquels nous serons donc questionnés au Jour du Jugement. Lorsque le Messager d’Allâh ﷺ fut interrogé sur la meilleure chose qu’une personne puisse faire pour obtenir l’agrément d’Allâh, il a dit :

« Surveillez vos langues » [3] et :

« Celui qui garde le silence est sauvé » [4] et :

« Celui qui croit à Allâh et au Jugement Dernier qu’il dise du bien ou qu’il se taise » [5]

Il existe de nombreux péchés que l’on peut commettre avec la langue. Il y a par exemple la calomnie, le mensonge, la moquerie, maudire les gens, dire des obscénités, dévoiler les secrets, se vanter, etc., mais l’un de ceux que nous rencontrons le plus fréquemment dans notre quotidien, c’est la médisance. Il s’agit d’un péché très grave et que nous sous-estimons énormément.

Allâh subhânahu wa Ta`âlâ, dit dans le Qur’ân :

« Ne médisez pas les uns des autres ! Lequel d’entre vous voudrait manger la chair de son frère mort? Non ! Vous en auriez horreur ! » [6]

Si Allâh parle de « frère mort », c’est parce que celui qui est visé par la médisance est absent et qu’il ne peut par conséquent pas se défendre, comme un mort. À ce propos, le Messager d’Allâh ﷺ a déclaré :

« Ceux qui médisent envers leurs semblables dans cette vie-bas seront amenés à manger leurs cadavres dans l’au-delà ; ils gémiront et crieront avec horreur » [7] et [8]

Les paroles du Messager d’Allâh ﷺ nous mettant en garde contre les péchés de la langue et contre la médisance en particulier sont très nombreuses. Il est par exemple rapporté qu’il a déclaré :

« Au Jour du Jugement, on remettra le livre de ses actions sera remis entre les mains d’une personne et celle-ci n’y trouvera aucune des bonnes actions qu’elle avait accomplies, de bonne foi, pour l’amour d’Allâh. Elle demandera au Seigneur : « Pourquoi mes bonnes œuvres ne sont-elles pas enregistrées ici? », et le Seigneur répondra : « Elles ont été données à ceux que tu as blessés et insultés en parlant contre eux ». [9]


Les 4 caractéristiques de la médisance (al-ghayba الغيبة)

Les Shuyukhs ont établi quatre caractéristiques permettant de savoir si un propos peut être considéré comme de la médisance :

1/ Le propos est vrai
2/ Le propos est rapporté en l’absence de la personne
3/ Si la personne entendait ce propos, elle n’apprécierait pas.
4/ Il y a quelqu’un pour entendre le propos

Il faut savoir que même le fait de critiquer le chien, le vêtement ou la voiture d’une personne entre dans la médisance, donc soyons très prudent avec ce péché très grave dont le Messager d’Allâh ﷺ a dit qu’il est plus grave que la fornication [10] et qu’il mange les bonnes actions comme le feu consume le bois.

La médisance concerne aussi bien les Musulmans que les non-Musulmans, les jeunes enfants que les adultes. Ce n’est pas parce qu’une personne est notre enfant ou qu’elle est non croyante qu’il est légal de médire à son sujet. Si la médisance est le plus souvent orale, elle peut également être écrite (SMS, email, réseaux sociaux…) ou gestuelle (par ex. montrer quelqu’un pour s’en moquer et ce sans même qu’un seul mot soit prononcé).

Bien entendu, il y a des cas où garder le silence n’est pas une bonne chose, comme lorsque des paroles essentielles et véridiques doivent être dites. Le plus important, c’est de réfléchir avant de parler et de passer sa parole à travers le tamis de ce qui est autorisé ou interdit selon la religion, la conscience et la nécessité.

Critiquer un croyant quant à l’état de sa pratique de la religion, même s’il est coupable d’actes contraires aux principes de la religion, est également une mauvaise chose, surtout quand une telle critique est entreprise en public, avec dureté, colère, et en criant. Ce principe s’applique également par écrit, sur les réseaux sociaux par exemple. Si c’est fait en son absence, alors cela rentre clairement dans le cadre de la médisance. Si la correction est entreprise en privé et en douceur, en parlant seulement à la personne concernée alors qu’aucune autre personne ne peut entendre, cela ne rentre plus dans la critique, mais dans le conseil et c’est une chose importante en Islam comme l’a souligné le Prophète Muhammad ﷺ :

« La religion, c’est la Nassiha (le conseil bon et sincère) » [11]

Parmi les choses interdites, il y a également le fait de se moquer des gens et de les ridiculiser, que ce soit en leur présence ou en leur absence, et ce, même si l’intention était de faire rire les gens et non de rabaisser les personnes visées.

Combattre la médisance est donc un sujet important et difficile et c’est une lutte que nous devrons mener tout au long de notre vie, car si nous arrivons à préserver nos langues de ce péché, il faudra aussi faire avec la médisance prononcée par autrui et réagir de la bonne manière pour ne pas devenir complices.


Dans quels cas la médisance est-elle autorisée ?

Il existe de rares cas où la médisance est autorisée, voire obligatoire, c’est le cas par exemple quand on va consulter un ‘alim (savant) pour lui demander son avis sur une situation. Souvenons-nous par ex. du cas de Hind (RA) qui était venue demander conseil auprès du Prophète Muhammad ﷺ à propos de son mari Abu Sufyan رضي الله عنه qu’elle accusait de radinerie. Ce cas est similaire à la ‘awra que l’on est autorisé à découvrir devant un médecin en cas de nécessité médicale, car dans un tel cas, il s’agit de soigner une situation ou une maladie.

Cela sera autorisé pour celui qui doit évaluer quelqu’un, comme un employé, ou un élève, mais en se limitant à ce qui est nécessaire et lié à l’emploi ou à la matière évaluée. Si un mot est suffisant, alors le second sera haram.

Il est donc également autorisé de présenter à un juge les éléments que l’on a sur une personne lors d’un jugement ou pour avoir un avis juridique auprès d’un Mufti/Sheykh. Il est également autorisé de mettre en garde contre quelqu’un si on connait ses défauts et qu’une personne risque d’en être victime, comme dans le cas où une personne s’apprête à faire des affaires avec untel dont vous savez qu’il arnaque les gens. Dans ce cas, vous devez mettre en garde, ou aussi dans le cas d’une personne qui va se marier avec untel dont vous savez qu’il est égaré, un grand pécheur, pervers ou qu’il abuse des femmes, profite d’elles puis les répudie et ainsi de suite. Dans ces cas-là, c’est une obligation pour la personne qui a ces informations de les divulguer à celles et ceux qui pourraient se faire abuser.

Bien entendu, il convient de ne pas aller au-delà et de ne pas en profiter pour mêler à ce qui est autorisé ce qui est interdit. On met en garde simplement en rapportant la vérité sur une personne, mais sans pour autant donner trop de détails inutiles, ni en profiter pour calomnier ou dire ce qui va au-delà de ce qui est nécessaire pour cette affaire, sans rajouter du mensonge, des mauvaises présomptions ou de la médisance interdite.

Un exemple où la médisance permise dérape vers celle interdite : « Tu veux t’engager avec ce frère pour ce business ? Attention, sache qu’il gère très mal l’argent et qu’il fait souvent faillite… et en plus il s’habille vraiment n’importe comment meskine ! ». La mise en garde pour sa mauvaise gestion de l’argent est une bonne chose dans ce cadre là, par contre critiquer sa manière de s’habiller est inutile et entre dans la médisance interdite. On peut mettre en garde contre sa mauvaise gestion financière, mais il ne faudra pas non plus en profiter pour se moquer de cette personne et faire de l’humour sur son dos.

Nous le constatons chaque jour, la médisance est omniprésente dans nos sociétés, par exemple à l’école, en entreprise ou au sein même des familles. Il est important de rappeler que ce n’est pas parce qu’une personne est connue (star, personnalité publique, homme politique…) qu’il est permis de médire sur son dos ou de se moquer d’elle. Il faut aussi faire très attention aux programmes de la TV ou de la radio, tels que les émissions de satyre, de divertissements, de politique, dans lesquels la médisance est omniprésente, car écouter la médisance est tout aussi grave que de la prononcer. Celui qui entend la médisance doit tenter de la faire cesser, changer de sujet ou montrer sa désapprobation concernant la médisance, si ça ne s’arrête pas il doit défendre l’honneur de celui qui est mis en cause et si ça ne s’arrête toujours pas, il doit s’en aller, sinon c’est considéré comme de la complicité (sharik), car s’il n’y avait pas cette oreille attentive, il n’y aurait pas eu de médisance.

Il est rapporté que le Messager d’Allâh ﷺ a dit :

« Dans la médisance, celui qui parle et celui qui écoute partagent une part égale de péché » [12]

Note : Si jamais on ne connait pas le nom d’une personne et qu’on a la nécessité de l’identifier et pour cela de la décrire, cela ne rentrera pas dans la médisance. Par exemple, on pourra dire que la personne est aveugle, boiteuse, grosse, vieille, etc.


La médisance durant je jeûne du mois de Ramadan :

Une fois, quelqu’un a demandé au Messager d’Allâh ﷺ :

« Qu’est-ce qui annule le jeûne? Il répondit : « Le mensonge et la médisance » » [13]

Certains ‘Ulamas sont d’avis que le fait de mentir, médire, diffamer, etc… annule le jeûne de la même manière que boire et manger, bien que la grande majorité pense que celui-ci n’est cependant pas complètement caduque, mais qu’il perd de ses bénédictions et de ses récompenses. La période du Ramadan est une période durant laquelle il convient de se préserver des péchés les plus graves, tels que la médisance afin que les bénédictions et les bénéfices du mois de Ramadan soient préservés.

Pour plus d’infos sur l’importance de s’abstenir de médire durant le mois de Ramadan, lire notre article : Le Jeûne de la Langue


Que faire si on est victime de médisance ?

Si une personne vient nous rapporter qu’untel à fait de la médisance, la première chose qu’on peut noter c’est que :

1/ cette personne a tendu son oreille à cette médisance, sans quoi elle ne pourrait pas la rapporter
2/ cette personne est venue nous rapporter cette médisance et c’est ce qui est nommé « an-Namima » (le colportage)

Ces deux choses sont également considérées comme des péchés (écouter et colporter).

Donc, comment réagir si une personne vient nous rapporter qu’untel à médit de nous ?

1/ Ne pas croire ce que la personne nous rapporte
2/ Interdire à la personne de rapporter les propos (ne pas écouter)
3/ Haïssez cet acte (ne pas être content qu’on nous ai rapporté les paroles, car an-Namima (colporter) est un acte interdit (haram) et on ne peut pas être satisfait d’un acte interdit
4/ Ne pas développer une mauvaise opinion de la personne qui est supposée avoir médit sur nous
5/ Ne pas commencer à étudier la question (enquêter)
6/ Ne pas s’autoriser soi-même à être satisfait de ce colportage (ne pas penser que c’est une bonne chose que les propos supposés de la personne soient venus jusqu’à nous)

Lorsqu’on est victime de médisance et que les propos nous ont été rapportés, il ne faut pas chercher à entrer en contact avec la personne qui est supposée avoir médit sur nous, mais plutôt laisser couler et pardonner. C’est le meilleur moyen pour couper net ce triangle vicieux [14] de médisance, de calomnie [15] et de rapportage [16] et éviter que ça continue ou pire que cela s’envenime ou se propage.

S’il est préférable de pardonner, lorsqu’une personne est connue pour médire à tout va et que cela sème la zizanie, il est préférable dans un tel cas d’aller discuter calmement avec elle pour qu’elle cesse, sinon ce serait encourager cette personne à continuer. Le but étant que la personne comprenne qu’elle est engagée dans un péché grave afin qu’elle prenne conscience, qu’elle arrête ce mauvais comportement et que les bonnes relations soient préservées entre les personnes. Des fois cela peut nécessiter l’intervention d’une personne tierce, comme un Sheykh, un conciliateur, etc.

Une attention toute particulière doit être portée par les hommes, lorsqu’ils se rencontrent entre eux, et par les femmes, lorsqu’elles se rencontrent entre elles et que les personnes se mettent à évoquer leurs vies de couple et leurs conjoints parfois d’une manière négative (pour se plaindre). C’est une porte très dangereuse vers la médisance et c’est une porte qu’affectionne tout particulièrement Shaytan car c’est une cause majeure de destruction des couples et de la cellule familiale. Il est rapporté de Shaytan qu’il promet aux meilleurs de ses alliés parmi les Shayateen de venir s’assoir auprès de lui. Alors, les Shayateen défilent et lui dévoilent ce qu’ils ont accompli. L’un d’eux a poussé quelqu’un à voler, un autre à encourager quelqu’un à boire, un autre à mentir, un autre à tuer, etc., et à chaque fois Shaytan dit : « non pas toi, non pas toi », jusqu’à ce qu’un des Shayateen déclare : « moi j’ai brisé un mariage » ; alors, Shaytan l’invite à venir s’asseoir auprès de lui. [17] Pourquoi Shaytan aime-t-il particulièrement cet acte plutôt que les autres ? Car quand on détruit une famille, cela ouvre la porte à beaucoup de troubles et de péchés. Tout cela part d’une parole qui ensuite est rapportée, puis la situation s’envenime et dégénère jusqu’à la rupture. Qu’Allâh nous protège de Shaytan, de ses alliés parmi les hommes et les djinns et qu’Il préserve nos familles de tout mal.

Des études ont démontré que lorsque des parents se séparent et que les enfants grandissent sans la présence d’un père (droit), la probabilité qu’ils connaissent une période de délinquance, de prise de drogue, etc. augmente. L’absence d’une mère engendre aussi son lot de problèmes, mais le plus souvent les enfants seront confiés à la mère lors d’une séparation. Voilà pourquoi il est préférable de garder le silence ou de dire du bien de son mari ou de sa femme plutôt que de s’engager dans des discussions ou des paroles négatives seront dites à leur sujet. Rappelons-nous du conseil avisé du Messager d’Allâh ﷺ : « Celui qui croit à Allâh et au Jugement Dernier qu’il dise du bien ou qu’il se taise ».


Que faire si on a médit ?

Comme l’a dit le Messager d’Allâh ﷺ, celui qui a commis la médisance doit demander (dou’as) à  Allâh de lui pardonner et de pardonner à la personne concernée [18]. Cependant, certains savants disent que cela n’est pas suffisant et que celui qui s’est engagé dans la médisance doit mettre en pratique sa repentance en servant la victime de toutes les manières possibles.


Parmi les remèdes à la médisance :

Il est certes difficile de tenir la langue droite. La meilleure façon de l’empêcher de s’égarer est de l’enfermer à l’intérieur de la bouche et de se taire. Apprendre à ne parler seulement que quand c’est nécessaire est un exercice difficile, exigeant un grand effort, mais c’est un exercice obligatoire lorsqu’on est Musulman. Ce principe s’applique également aux mains car aujourd’hui la médisance se répand abondamment sur les réseaux sociaux et Internet.

L’imâm Al-Jazûlî رحمه الله a dit que pour guérir de la médisance, il faut méditer sur le grand châtiment qui attend celui qui fait la médisance et surtout de bien réfléchir à ses bonnes actions qui seront réparties gratuitement aux gens dont il a fait la médisance. Il a dit qu’il est très important de penser à ses propres péchés, car ces derniers nous éviteront de penser aux péchés des autres. Le silence compte parmi les meilleurs remèdes contre la médisance.

Quant à Sheykh al-Habib ‘Ali al-Jifri, il a déclaré : « Si le diable vous suggère de médire sur une personne, faites face au diable en faisant dou’ā pour cette personne au lieu de médire sur elle. »

Qu’Allâh nous facilite l’application de ces règles dans notre quotidien et qu’Il nous accorde le succès dans la purification de la langue et de tous les organes impliqués dans les péchés.

Wa Allâhu a’alam


Notes :

Réf : Sharh de Maharim al-Lisaan du Sheykh Muhammad Mawlud par Sheykh Rami Nsour al-Malikiyy ; Sharh du Matn de l’imâm Ibnu `Âshir par Sheykh Muhammad Ibnu Ahmad Miyyâra Al-Mâlikî avec notes de Sheykh Malik d’Aslama.com ; Sharh de At-Tariqah al-Muhammadiyah de Sheykh Birgivi par Sheykh Tosun Bayrak al-Jerrahi al-Halveti, Fatwa de Sheykh Sulayman Van Ael

[1] Qour’an, s24/v24
[2] Qour’an, s41/v20
[3] Abu Sheykh, al-Bayhaqi, Abu Juhayfah
[4] At-Tirmidhi, `AbdulLlâh ibn `Umar
[5] Dans Boukhari, Muslim, Abu Dawud, at-Tirmidhi
[6] Qour’an, s49/v112
[7] At-Tabarani, Abu Hurayrah
[8] A ce propos, Sheykh Nurjan Mirahmadi an-Naqshabandiyy a dit que la prolifération des films de Zombies (des morts qui mangent la chair de leurs semblables) à notre époque n’a rien du hasard et que c’est en lien direct avec la propagation de la médisance dans nos sociétés. Il s’agit d’un signe et d’un avertissement qu’Allâh envoie pour ceux qui croient, cherchent à se purifier et méditent sur Ses signes. Voir la vidéo sur notre chaine YouTube.
[9] Ibn Hibban, Abu ‘Umamah
[10] Ibn Abi Dunya, Jabir ibn AbduLlâh
[11] Muslim
[12] Mawlana Zakariyya Kandhalawi dans Fadhâ’il al-A’mâl, pg. 863
[13] Ibidem, pg. 860
[14] Triangle vicieux (référence contraire au cercle vicieux), c’est-à-dire : le calomnié, le rapporteur, le calomniateur.
[15] Calomnier : dire sur autrui des choses qui ne sont pas vraies
[16] Rapporter (al-namîma) : rapporter quelque chose de vrai, mais qui empoisonnera les relations entre les gens.
[17] Rapporté par Mouslim, n° 2813
[18] Umm Abi Dunya, Anas ibn Malik

Le Dévoilement de l’Imâm Abou Hanîfa

 

 

 

 

Le noble Imâm, connu sous le surnom de « Al-Imâm Al-A`dham » (le plus grand Imâm), Abû Hanîfah رضى الله عنه, l’un des quatre pôles de la Jurisprudence Islamique.

Sheykh Chou’rani رحمه الله écrit dans son livre intitulé « Mizân al-Koubra (la plus grande balance) » que lorsque l’Imâm Abou Hanîfa regardait quelqu’un en train de faire les ablutions, il pouvait voir dans l’eau usée, les péchés qui avaient été lavés pour cette personne lors de cette ablution. Il pouvait même distinguer (tant son pouvoir de kashf [dévoilement] était fort) le type de péché commis — kabîra (grave), saghîra (véniel), ou simplement makrouh (répréhensible), de la même manière que l’on peut voir des objets physiques.

Une fois, il se rendit dans la salle d’ablutions de la grande mosquée de Koufa où un jeune homme était en train de faire ses ablutions. Après avoir vu l’eau qui ruisselait des membres de ce dernier, il s’adressa à lui en privé et le conseilla ainsi :

« Mon fils fais at-Tawba (repens-toi) pour avoir désobéi à tes parents », et celui-ci fit at-Tawba. Puis il vit une autre personne et il lui dit : « Mon frère, l’adultère est un péché très grave » et l’homme s’en repentit tout de suite. Il vit également, dans l’eau usée par une autre personne qui faisait les ablutions, le péché de la consommation des boissons alcooliques et de l’amusement. Il le conseilla également et ce dernier fit at-Tawba. Plus tard, l’Imam Abou Hanifa fit la supplication suivante (dou’a) à Allâh : « Ô Allâh! Éloigne-moi de cette chose (c.à.d. veuille m’enlever ce pouvoir de kashf), car je ne veux pas connaître les péchés des gens ».

Allâh Ta’âlâ accepta son dou’â et lui enleva son pouvoir de kashf. Il est rapporté que c’était durant cette période (c.à.d. avant que son pouvoir fut enlevé par Allâh Ta’âlâ) qu’il émit la fatwa (verdict/décret) qui disait que l’eau déjà utilisée pour les ablutions était impure. Comment pouvait-il se prononcer autrement alors qu’il voyait que l’eau était putride et nauséabonde! Mais par la suite, quand son pouvoir de kashf fut enlevé, il se ravisa et cessa de déclarer impure l’eau usée pour les ablutions.

Qu’Allâh illumine sa tombe, ainsi que celle des Imâms Mâlik, Ash-Shâfi`î et Ahmad Ibn Hanbal.

 

Notes :

Réf : Sheykh Chou’rani dans « Mizân al-Koubra » et Mawlana Zakariyya Kandhalawi dans « Fadhâ’il al-A’mâl  », pg 728 et 729.

Les effets néfastes du péché sur le corps, l’esprit, le cœur et l’âme

Sheykh Ahmad Dabbagh [1]

 

Quand une personne se met à écouter des conférences et des séminaires Islamiques dans le même état d’esprit que si elle regardait des films et des pièces de théâtre, c’est-à-dire pour l’amour du divertissement, elle ne profite alors guère de la nourriture divine du halal et du haram. Au lieu de cela, elle amassera tout un tas d’information et rien de plus. Tout le monde a entendu parler de la nature néfaste des péchés, mais peu en tiennent compte. Les gens ont classés cela comme étant quelque chose de pas très pertinent et n’ayant aucune importance sur la vie quotidienne. Mais la vérité est que les péchés ont également un effet négatif sur le corps physique et pas uniquement sur la vie spirituelle d’une personne. Si quelqu’un commet sans arrêt des péchés, cela affectera non seulement sa spiritualité, mais également son physique ; les conséquences sont catastrophiques !

Plus une personne se soumet au nafs (égo), plus elle sombre dans le trou des ténèbres et du mal.

Par exemple, la dépendance du toxicomane a commencé avec un seul shoot de drogue, la dépendance d’un accro au porno a commencé avec un seul coup d’œil, mais l’effet boule de neige l’entraine dans une boule de destruction infinie. Les péchés sont des maladies qui nécessitent un traitement.

Des recherches scientifiques récentes ont également montré comment l’activité du cerveau change quand une personne toxicomane s’impatiente d’assouvir son manque [2]. Une substance chimique appelée « dopamine » [3] est libérée lorsqu’il y a des hauts niveaux d’activité cérébrale dans l’esprit d’un toxicomane. La personne éprouve alors une montée brusque de cette récompense chimique qui frappe la zone de prise de décision du cerveau. Tout son bon sens et sa pensée logique sont perdus et la pensée visant à satisfaire son manque prend le dessus. C’est ce qu’on nomme généralement le facteur plaisir, c’est-à-dire quelque chose qui nécessite constamment d’être satisfait et qui augmente le besoin d’aller vers davantage de mesures désespérées afin d’obtenir satisfaction. C’est le résultat qui attend une personne qui ne respecte pas les enseignements Coraniques, les considérants comme vieux et sans importance. Le résultat final est la dépendance, la défaite et les dommages dans les deux mondes. Quelque chose qui aurait pu être évité si la gravité et la brutalité des péchés avaient été considérée comme un danger pour le bien-être personnel, à la fois pour ce monde et pour le prochain.

D’autre part, plus une personne va s’opposer à son nafs (égo) dans les actions illicites, plus elle expérimentera dans son existence, la satisfaction de vie et le progrès, elle aura du temps pour sa famille, pour ses devoirs et ses engagements sociaux… Pour ce faire, une personne doit utiliser la lame de la volonté, comme Sayyiduna Ibrahim (‘alayhi salaam), afin de sacrifier l’agneau des désirs et des tentations. Tel est l’enseignement fondamental du Qurbani (sacrifice). L’acte même de sacrifier un animal enseigne en réalité à une personne à sacrifier son corps, son esprit et son cœur de tous les désirs illicites (haram) tout comme cela est fait à l’animal sacrificiel.

Notes :

[1] Sheykh Ahmad Dabbagh (hafidahou Allâh) est professeur (Sheykh) de Tazkiyah dans la Tareeqah Muhammadiyah.
[2] Littéralement « to act on his pull », renvoyant à l’acte de boire ou de fumer (prendre une taffe).
[3] Substance responsable de la sensation de plaisir.