Sunnisme.com

L’éducation du Nafs des Enfants

Conseils de Sheykh Amran Anguila al-Hafidh

 

 

L’éducation du Nafs des enfants doit débuter très tôt. L’éducation que donnent les parents et l’entourage proche joue là un rôle important.

Si vous autorisez votre enfant à porter des vêtements courts et/ou moulants avant la puberté, comment pourra-t-il ensuite plus tard s’incliner naturellement vers la modestie?
Si vous le laissez regarder des films indécents maintenant, comment va-t-il ensuite devenir timide et/ou pudique ?
Si votre enfant est toujours le premier à manger, comment va-t-il apprendre les bonnes manières relatives à la nourriture ?
S’il obtient toujours ce qu’il désire, comment va-t-il apprendre à être soumis à Allâh ?
S’il a trop de jouets, comment va-t-il apprendre à ne pas être accro aux plaisirs et aux multiples tentations ce bas-monde (dunya) ?

Petit à petit, apprenez à votre enfant à contrôler son nafs.

Il faut toujours que le plus âgé soit le premier à manger (et donc à être servi).
Mangez de la nourriture modeste et réduisez la consommation de sucre de vos enfants. [1]
Cuisinez quelque chose de délicieux avec vos enfants et faites en sorte qu’ils donnent ensuite le plat à un refuge pour les sans-abri.
Qu’ils portent toujours des vêtements simples et modestes et contrôlez ce qu’ils regardent sur les écrans et le temps qu’ils y passent (films, séries, jeux vidéo, internet, smartphone…), ainsi que leur accès aux réseaux sociaux.
Ne laissez pas vos enfants mener la barque, établissez des limites et des règles saines.
Laissez vos enfants utiliser leur imagination plutôt que de leur offrir tous les jouets les plus récents et avoir ainsi à la maison des tas de jouets presque inutilisés.
Assurez-vous qu’ils ont de bons amis (ayant une bonne influence sur eux et de bonnes valeurs).
Assurez-vous qu’ils commencent à prier et à jeûner avant que cela ne devienne obligatoire pour eux.

Si vous ne commencez pas tout cela tôt, les efforts que vos enfants devront fournir pour contrôler leur nafs seront beaucoup plus importants une fois qu’ils auront atteint la puberté, au moment où ils doivent faire face aux hormones et à d’autres défis supplémentaires.
Ce que vous leur inculquez maintenant leur servira d’outils et d’armes une fois qu’ils auront atteint la puberté.

Ce qu’ils apprennent maintenant sera leur protection tout au long de leur vie.

 

Notes :

Quelques détails ont été ajoutés aux propos du Sheykh pour les besoins de l’article.

[1] C’est-à-dire celui qu’on trouve ajouté dans les produits ultra-transformés : sodas, jus de fruits industriels, bonbons, gâteaux et biscuits industriels, céréales industrielles du petit déjeuner (Smack’s, Frosties et compagnie)… Si le Sheykh parle de diminuer l’apport de ces mauvais sucres dans l’alimentation des enfants, c’est qu’il est aujourd’hui prouvé que le sucre a un impact négatif sur leur santé physique, mais aussi mentale (troubles du comportement comme l’hyperactivité, accroissement des comportements violents et colériques…). Lorsque les enfants retrouvent une alimentation plus saine avec moins de sucre et moins d’additifs, leur comportement s’améliore nettement.

Quelle est la limite d’âge pour l’allaitement d’un enfant?

 

Ustadha Sulma Badrudduja

 

 

allaitement_islam

 

 

Question :

En Islam, jusqu’à quel âge sommes-nous légalement autorisé à allaiter notre bébé? En d’autres termes, quelle est la limite d’âge pour l’allaitement d’un enfant? Si cette limite n’existe pas, alors quand est-il recommandé d’arrêter cet allaitement?


Réponse :

As-salamu ‘alaikum wa rahmatuLlâh,

Il existe deux positions valides dans l’école (madhhab) Hanafi concernant l’âge jusqu’au quel un enfant peut être allaité :

(1) deux années lunaires (c’est la position de deux des compagnons de l’imam Abou Hanifa (radhia Allâhou ‘anhou) : c’est-à-dire les Imams Abu Imam Yusuf et Muhammad. Par ailleurs, c’est aussi la position des Malikites [1], des Shafi’ites et des Hanbalites, et

(2) deux ans lunaires et demi (c’est-à-dire trente mois, ce qui correspond à la position de l’imam Abou Hanifa (radhia Allâhou ‘anhou).

L’enfant peut légalement être sevré à tout moment avant cette période si les parents s’accordent sur ce point, bien que médicalement parlant, il soit plus bénéfique pour l’enfant qu’il continue a être allaité (dans le délai imparti par la Shari`ah bien entendu).

[Références utilisées : Ibn `Abidin, Radd al-Muhtar]

Wassalam,
Ustadha Sulma Badrudduja

 

© Réponse vérifiée, approuvée et traduite avec l’autorisation de l’honorable Sheykh Faraz Rabbani

 

Notes :

[1] Comme stipulé par Sheykh `Amir Sa`îd Az-Zaybârî dans les Réponses aux questions des femmes [Fiqh an-Nisâ’]

 

Qu’est qu’une école?

Pourquoi est-il nécessaire d’en suivre une? 

Par Sheykh Nuh Ha Mim Keller

 

Madhaab_Keller

 

 

« Les slogans que nous entendons aujourd’hui et qui parlent de « suivre le Qour’an et la Sunnah plutôt que de suivre les madhhab », visent à tromper les gens … Il s’agit en réalité d’un grand retour en arrière, ceci est un appel à abandonner les travaux Scientifiques minutieux des Savants Musulmans qui pendant des siècles ont étudiés et épluchés le Qour’an et de la Sunnah pour en déduire des avis. ».

Le mot « madhhab » est dérivé d’un mot arabe signifiant « aller » ou « prendre comme direction », et se réfère au choix que fait un imam mujtahid, sur une question particulière, lorsqu’il est face à un certain nombre de possibilités interprétatives, dans son travail d’extraction des commandements d’Allâh à partir des principaux textes du Qour’an et des Hadiths. Dans un sens plus large, un madhhab représente toute une école de pensée d’un imam mujtahid (tel que Abû Hanifa, Malik ibn Anas, ash-Shafi’i ou Ahmad ibn Hanbal) à laquelle s’ajoute de nombreux savants de premier rang qui sont venus après eux, dans chacune de ces écoles respectives et qui ont continué le job en vérifiant les preuves, en les affinant et en perfectionnant leur travail. Ainsi, les Imams mujtahid étaient des interprètes, qui ont rendus opérationnels dans nos vies le Qour’an et la Sunnah dans un ensemble de règles de Shari’ah, connues collectivement sous le nom de Fiqh (Jurisprudence). Le Fiqh ne représente qu’une partie de notre Religion (Deen), car la connaissance religieuse que chacun de nous possède est de trois types. Le premier type est la connaissance générale des principes de la Foi Islamique concernant l’Unicité d’Allâh, Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers, la prophétie de Muhammad, etc. Chacun de nous peut tirer cette connaissance directement du Qour’an et des Hadith, comme c’est également le cas du second type de connaissance : celui qui concerne les principes généraux de l’éthique Islamique, qui commandent de faire le bien, d’éviter le mal, de s’entraider dans les bonnes œuvres, etc. Chaque musulman peut extraire (lui-même) du Qour’an et des Hadith ces principes généraux, qui forment la partie la plus large et la plus importante de sa religion. Le troisième type de connaissance est celui de la compréhension spécifique de certaines interdictions et commandements divins qui composent la Shari’ah. Ici, en raison de la nature et de la multiplicité des textes du Qour’an et des Hadiths impliqués, les gens divergent dans leur capacité scientifique, à comprendre et à en déduire eux-mêmes des décisions (Lois). Mais nous avons tous reçu l’ordre de pratiquer ces directives dans nos vies, dans l’obéissance à Allâh. Les Musulmans sont donc de deux types : ceux qui peuvent le faire par eux-mêmes, ce sont les Imams mujtahid, et ceux qui doivent le faire par l’intermédiaire d’un autre, c’est-à-dire en suivant un Imam mujtahid, conformément à la parole d’Allâh dans la sourate an-Nahl : 

« Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas. » [1], et dans la sourate An-Nisa : « S’ils la rapportaient au Messager et aux détenteurs du commandement parmi eux, ceux d’entre eux qui cherchent à être éclairés, auraient appris (la vérité de la bouche du Prophète et des détenteurs du commandement) » [2], dans laquelle l’expression « aux détenteurs du commandement », exprimant les mots « alladhina yastanbitunahu minhum », se réfère à ceux qui possèdent la capacité de tirer des conclusions directement à partir de la preuve, ce qu’on appelle en arabe « istinbat ». Ces versets et d’autres, ainsi que des Hadiths obligent le croyant qui n’est pas au niveau de l' »istinbat », c’est-à-dire capable de tirer des conclusions directement du Qour’an et des Hadiths, à poser ses questions à quelqu’un qui à ce niveau et à le suivre dans de telles décisions. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Allâh nous a obligés à demander à des experts, car si chacun d’entre nous était personnellement responsable de l’évaluation de tous les textes primaires relatifs à chaque question, une vie d’étude ne suffirait pas pour cela, et l’on serait contraint à choisir entre renoncer à gagner sa vie ou abandonner le Deen, c’est pourquoi Allâh dit dans la sourate at-Tawbah, dans le cadre du djihad :

« Mais il n’est nullement souhaitable que les croyants partent tous en expédition. Il serait bon que, de chaque groupement, un certain nombre d’hommes s’emploient à parfaire leur éducation religieuse, afin d’en faire profiter leurs compagnons après leur retour, et de les amener ainsi à se tenir sur leur garde. » [3] 

Les slogans que nous entendons aujourd’hui et qui parlent de « suivre le Qour’an et la Sunnah plutôt que de suivre les madhhab », visent à tromper les gens, car de toute manière nous sommes tous d’accord sur le fait que nous devons suivre le Qour’an et la Sunnah du Prophète. Le fait est que le Prophète n’est personnellement plus en vie pour nous enseigner (ndt : l’Islam), et tout ce que nous avons de lui, que ce soit les Hadiths ou le Qour’an, nous a été transmis par les savants de l’Islam. Donc, la question n’est pas de savoir si oui ou non nous devons prendre notre Deen des savants, mais plutôt de quels savants devons-nous le prendre. Et c’est la raison pour laquelle en Islam nous avons les madhhabs : parce que l’excellence et la supériorité des Imams mujtahid a été associée au travail des savants traditionnels qui ont suivi leurs écoles et qui après eux ont évalués et améliorés leur travail et parce que cet ensemble a rempli les conditions de l’investigation scientifique et gagné la confiance de pensée et de pratique des Musulmans de tous les siècles qui composent la grandeur Islamique. 

La raison pour laquelle les madhhab existent (leur bénéfice passé, présent et futur), c’est qu’ils fournissent des milliers de réponses fiables, basées sur la Science, qui permettent aux Musulmans de trouver des réponses aux questions qu’ils se posent sur la manière dont ils doivent obéir à Allâh. Les Musulmans ont compris que suivre un madhhab signifie suivre un savant exceptionnel, possédant non seulement une connaissance approfondie des textes du Qour’an et des Hadiths en rapport à chacune des questions sur lesquelles il a été amené à émettre un avis, mais ayant également vécu à une époque proche de celle du Prophète et de ses Compagnons, époque où la taqwa -la crainte d’Allâh- était la norme -. Deux critères en opposition saisissante à ce qu’on peut trouver aujourd’hui chez les savants.

Si l’appel à un retour au Qour’an et à la Sunnah est un slogan attrayant, il s’agit en réalité d’un grand retour en arrière, ceci est un appel à abandonner les travaux Scientifiques minutieux des Savants Musulmans qui pendant des siècles ont étudiés et épluchés le Qour’an et de la Sunnah pour en déduire des avis. C’est un travail colossal, très sophistiqué, qui résulte de l’effort interdisciplinaire des mujtahids, des spécialistes du Hadith, des exégètes Coraniques, des lexicographes, et d’autres maîtres des sciences juridiques Islamiques. Abandonner les fruits de cette recherche, la Shari’ah Islamique, pour suivre des shouyoukhs contemporains qui, malgré leurs prétentions, ne sont pas au niveau de leurs prédécesseurs, revient à vouloir remplacer quelque chose de prouvé et d’éprouvé pour quelque chose de douteux.

Le discours qui promeut le suivi de la Shari’ah sans suivre de madhhab particulier est comparable à une personne qui va chez un vendeur d’automobiles pour acheter une voiture, tout en insistant pour que celle-ci ne soit pas d’une marque reconnue – ni une Volkswagen, ni une Rolls-Royce, ni une Chevrolet – mais plutôt pour que celle-ci soit « une voiture, purement et simplement ». Une telle personne ne sait pas vraiment ce qu’elle veut ; les voitures présentent sur le parking ne tombent pas du ciel. Il est probable que le vendeur esquisse un léger sourire, tout en soulignant que des produits sophistiqués proviennent de moyens de production sophistiqués, d’usines disposant d’un département d’étude, d’un personnel qualifié qui teste et d’autres collaborateurs qui produisent et qui assemblent les nombreuses parties du produit final. C’est la nature de ces efforts collectifs humains qui permet de produire quelque chose de largement supérieur à ce que nous ferions si nous devions nous en charger nous-mêmes (élaborer et construire cette voiture) en partant de zéro, même si on nous donnait une usine métallurgique et des outils, et que nous disposions de que cinquante ans, voire même d’un millier d’années. Et il en est de même de la Shari’ah, qui est beaucoup plus complexe que n’importe quelle voiture, car celle-ci traite de l’univers des actions humaines, ainsi que d’un vaste éventail d’interprétation des textes sacrés. C’est pourquoi rejeter la Science monumentale des madhhab, lesquels ont rendu opérationnels le Qour’an et de la Sunnah, en vue d’adopter à la place (ndt : sa propre) compréhension ou celle d’un sheykh contemporain n’est pas seulement une opinion erronée. Cela revient à détruire une Mercedes pour en faire un déambulateur !

Notes : 

[1] Qour’an 16:43
[2] Qour’an 4:83
[3] Qour’an 9:122

Si le Hadith est authentique, c’est mon Madhaab


Sunnisme.com

 

Islam_

Question :

Les Imams des Madhaabs (écoles) ont déclaré : « Si le Hadith est authentique, alors il s’agit de mon madhaab ». Par conséquent, si nous trouvons un Hadith dans Al-Bukhari et Muslim, contredisant notre madhaab, nous devons agir selon le Hadith et délaisser l’avis de notre madhaab. C’est bien cela ?

Réponse :

Cette déclaration est fréquemment utilisée, mais hélas bien souvent mal comprise ou mal interprétée par des groupes qui vulgarisent à outrance les Sciences Religieuses.

L’ensemble des Imams des madhaab [1] ont dit que si leur avis contredit un Hadith, alors le Hadith doit être suivi et leur avis mis de côté. Cependant, lorsqu’ils ont déclaré cela, ils parlaient à leurs élèves qui étaient des savants et non à l’homme du commun et encore moins à quelques jeunes occidentaux vivant 1200 ans plus tard, n’ayant aucune connaissance de l’étendue des sciences de la Shari’ah.

Voici comment cette déclaration émise par ces grands Imams a été comprise par les grands savants du passé.

Ibn Abidine déclare dans « al-Hashiyah » (1/68) :

« Ceci est également rapporté des quatre Imams par l’Imam ash-Sharani. Et il n’est pas caché que c’est adressé à celui qui est qualifié pour analyser les preuves et possède la connaissance du muhkam (clarté) de son mansukh (abrogation). Donc, si les savants d’un madhaab analysent une preuve et agissent ensuite en accord avec le résultat de cette analyse, il est correct de l’attribuer à un madhaab, car cela est alors émis avec la permission du fondateur du madhaab, car il n’y a aucun doute que s’il avait eu connaissance de la faiblesse de sa preuve, il se rétracterait et suivrait la preuve la plus solide ».

Ibn Abidine stipule ici clairement que seuls les savants sont compétents et autorisés à agir dans ce domaine non l’homme du commun.

L’illusion de la Science.

Sheykh Abd al-Ghaffar Uyun As-Sud a retranscrit dans « Daf al-Awham » (p.15) les conditions stipulées par Ibn Abideen permettant de suivre le Hadith et de délaisser le madhaab :

« C’est une bonne prescription, car à notre époque nous voyons beaucoup de gens qui ont en eux l’illusion de la connaissance, pensant qu’ils sont au-dessus des étoiles, alors qu’ils se trouvent au niveau le plus bas. Peut-être ce type de personne a lu l’un des six livres – par exemple – puis elle tombe sur un Hadith qui rentre en contradiction avec le madhaab d’Abou Hanifah.  Cette personne dit alors : « quitte le madhaab d’Abou Hanifah … et prend le Hadith du Messager d’Allâh SAW ! Alors qu’il se peut que ce Hadith soit abrogé ou contredise ce qui est plus fort que lui en termes de chaine de transmission (Sanad), ou bien encore qu’il fasse partie des choses dont on ne tient pas compte. Cette personne n’a pas connaissance de cela, car elle n’a pas les compétences nécessaires lui permettant de faire le tri. S’il était permis que ce type de personne agisse sans restriction sur la base de Hadiths, ils seraient égarés dans de nombreuses questions juridiques et ils égareraient ceux qui viendraient leur poser des questions ».

Comme le dit le Sheykh, combien de ces gens trompés existe-t-il à notre époque? Ceux qui nous disent de prendre tel Hadith et de délaisser le l’avis du madhaab, alors qu’en même temps ils ignorent les bases les plus élémentaires de l’école et de la Shari’ah?

L’Imam An-Nawawi a dit :

« Ce qu’a dit l’imâm Ash-Shafé’i ne signifie pas que quiconque voit un hadith Sahih doit dire « C’est le madhaab Ash-Shafé’i ! », en appliquant simplement le sens littéral ou la signification apparente de cette parole. Ce qu’il a dit s’applique très certainement uniquement aux personnes qui ont le rang de l’ijtihad dans le madhaab. Et ceci, à condition que la personne soit fermement convaincue que l’imam Ash-Shafé’i n’avait pas connaissance soit de l’existence du hadith, soit de son authenticité. Et cela n’est possible qu’après avoir recherché dans tous les livres Ash-Shafé’i et dans d’autres ouvrages similaires de ses compagnons, ceux qui ont pris de lui leur science et d’autres personnes similaires ». [2]

C’est certainement une condition difficile à remplir. Peu sont ceux en qui nous retrouvons ses compétences à notre époque. Ce que nous avons expliqué comportait des conditions, car l’Imam Ash-Shafé’i a cessé d’agir selon le sens apparent de nombreux hadiths (preuves), qu’il considérait [authentiques] et connaissait. Cependant, il a établi des règles pour critiquer les hadiths ou leur abrogation ou leur circonstance spécifique ou leur interprétation et ainsi de suite.

Ainsi, quiconque parmi les Shafé’ites trouve un hadith qui contredit son Ecole doit examiner s’il est absolument accompli [en terme de compétence] dans toutes les disciplines de l’ijtihâd, ou sur ce sujet en particulier, ou des questions spécifiques. Si c’est le cas, alors il est en droit de l’appliquer de façon indépendante. Dans le cas contraire, s’il trouve qu’aller à l’encontre du Hadith lui pèse – après avoir recherché et n’avoir trouvé aucune justification pour le faire – alors il devrait l’appliquer si un autre Imâm indépendant (mujtahid) qu’Ash-Shafé’i l’a appliqué. C’est dans ce cas une bonne raison pour lui de quitter l’avis du madhaab de son Imâm.

L’Imam Taqi As-Soubki a écrit un traité appelé « Maana Qawl Imam al-Muttalibi » dans lequel cette question du suivi des Hadiths et des Madhaab est largement traitée et expliquée. Il a retranscrit au début les paroles de l’Imam Ibn Salah et de l’imam An-Nawawi (RA) et a dit :

« Ceci confirme qu’il est difficile d’atteindre ce rang et que tout un chacun devrait prendre garde à ne pas être trompé par cela ».

Prêtez attention à la façon dont l’Imam As-Soubki déclare clairement à quel point il est difficile d’atteindre le rang et la position permettant d’agir conformément à cette déclaration des fondateurs des Madhaabs, et aussi qu’il ne faut pas se leurrer en s’imaginant suffisamment qualifié pour agir selon le Hadith en délaissant le madhaab.

Discutant de cette déclaration, Sheykh Yusuf Bin Isma’il Nibhaani a dit :

« En vérité, la déclaration suivante : « Quand le Hadith a été authentifié, alors il s’agit de mon Madhaab » a été rapportée de chacun de ces quatre Imams qui étaient exempts de l’opinion personnelle. En vérité, cette déclaration ne s’adresse à personne d’autre qu’à leurs compagnons (Ashaab), c’est-à-dire les Juristes (Fuqaha) des écoles qui étaient de grands et illustres Aimmah (Imams) pleinement qualifiés dans les sciences rationnelles et narratives de la Religion (Deen). La déclaration est dirigée vers ceux qui sont venus après ces illustres Aimmah parmi les grands ‘Ulémas de leurs Madhaab, c’est-à-dire ceux qui étaient les Ahl ut-Tarjeeh (les sommités). Chacun d’entre eux, qui étaient les Hafidhin du Hadith de Rassouloullâh , avait une pleine connaissance des dalils (preuves) de tous les Madhaab. En vérité, c’est à eux que s’adressait cette déclaration, car ils (ces grands Fouqahas) sont capables de concilier entre le Hadith à partir duquel l’Imam a tiré la preuve et le Hadith (venu après) qui a été établi comme authentique après l’Imam. Ils (ces illustres Fouqahas) peuvent voir lequel des deux Hadiths est le plus authentique, le plus fort et lequel des deux hadiths est venu le plus tard, car celui qui vient le plus tard peut être le Naasikh (l’abrogateur) du précédent ».

Comme nous l’avons dans ces diverses citations, le fait qu’un Hadith soit authentique n’est pas suffisant pour permettre à l’homme du commun d’agir selon celui-ci, car il existe de nombreux autres critères que seuls les savants les plus érudits sont capables de prendre en compte.

D’ailleurs, un Hadith peut être Sahih et ne pas être suivi, et ce, pour plusieurs raisons.

Il peut par exemple être authentique (Sahih), mais abrogé. Al-Hafidh Ibn Hajar déclare dans « Fath Al-Bari » (1/413) :

« Et combien de Hadiths sont mansukh (abrogé) mais sont Sahih en termes de critères d’authentification ».

Un Hadith peut induire en erreur ceux qui n’ont sont pas experts.

L’imam Al-Hafidh Ibn Abd al-Barr rapporte du Qadi al-mujtahid Ibn Abi Lailah qu’il a dit :

« Nous en suivons quatre dans la connaissance : deux en Egypte et deux à Médine. Laith bin Saad et Amr bin al-Harith en Egypte, et Malik et al-Majishun à al-Madinah, et sans eux, nous aurions été égarés ».

Khatib al-Baghdadi rapporte dans « Al-Faqih wal Mutafaqqih » (2:80) :

« Un homme posa une question à Ibn Uqdah à propos d’un Hadith, il lui dit alors : Ne t’occupe pas de ces Hadiths, car ils ne sont bons que pour celui qui en connaît l’explication (Tawil), et Yahya bin Suleiman rapporte d’Ibn Wahb qu’il a dit : J’ai entendu Malik dire : Un grand nombre de ces hadiths sont source d’égarement… ».

Il est obligatoire de consulter les juristes (fuqahâ) pour la compréhension du Hadith.

Al-Khatib rapporte dans « al-Faqih wal Mutafaqih » (2:15-19), une longue déclaration de l’Imam Al-Muzani qui était l’un des plus brillants élèves de L’Imam Ash-Shafé’i. A la fin, Al-Muzani déclare :

« Alors, regardez – puisse Allâh avoir pitié de vous – les Hadith que vous avez compilés, et cherchez la connaissance avec les gens du Fiqh afin que vous puissiez devenir des Juristes (fuqahâ) ».

Chez les Malikites, l’un des critères permettant de délaisser un Hadith est la pratique du peuple de Médine (ahl ul-Madinah).

L’imam Abi Zaid al-Qairawani Al-Maliki (d.386) a expliqué la position des Salaf quant au fait d’agir selon certains hadiths et de ne pas agir selon les autres et que tout ce qui est Sahih ne doit pas forcément être mis en pratique. Il a dit dans « Kitab al-Jami » (p.117), tandis qu’il énumère les croyances d’Ahl al-Sunna :

« On doit se soumettre à la Sunnah. Ils (les Salafs) ne doivent pas être contredits par l’opinion personnelle et ne peuvent pas à être contestés par le raisonnement analogique. Leur interprétation est notre interprétation, leurs actions sont nos actions, et ce qu’ils ont abandonné, nous l’abandonnons […] ».

L’Imam Malik ibn Anas a dit :

« La pratique (des gens de Médine) est plus solidement établie que le Hadith. Le frère de Muhammad Ibn Abi Bakr Ibn Hazms lui a dit : « Pourquoi n’émettez-vous pas un avis en fonction de ce Hadith ou encore de celui-ci? ». Il répondit : « Je n’ai pas trouvé de gens qui pratiquent selon ce Hadith ».

Les Salafs imitent les Compagnons, même si extérieurement cela semble contredire le Hadith.

Ibrahim an-Nakhai dit :

« Si j’avais vu que les Compagnons allaient jusqu’aux poignets dans leurs ablutions, j’aurais fait la même chose, même si j’avais lu qu’ils allaient jusqu’au coude ».

Et dans « al-Hujjah fi Bayan al-Mahajjah », Abul Qasim al-Taymi al-Asbahani (2:401) rapporte que Ibrahim An-Nakhai a dit :

« S’ils avaient uniquement lavé leurs ongles, nous n’aurions pas lavé davantage … ».

L’Imam Ahmad a dit de l’Imam Ash-Shafé’i qu’il suffit comme preuve.

L’Imam Al-Bayhaqî dans « Ash-Shafé’i Manaqib » (2:154) rapporte que l’Imam Ahmad a dit :

« Hammad bin Ahmad al-Basri a dit : J’étais avec Ahmad Ibn Hanbal et nous discutions d’une question, un homme dit à Ahmad : Ô Abou Abdallâh il n’y a  pas de Hadith authentique à ce sujet! Il (Ahmad) lui répondit : Même s’il n’y a pas de Hadith authentique à ce sujet, il y a l’avis d’Ash-Shafé’i, et sa preuve est la plus établie à ce sujet ».

Tous ces arguments et ces citations de nos savants Sunnites démontrent que le seul critère d’authenticité d’un Hadith n’est pas suffisant pour qu’il soit possible à n’importe quel quidam de le suivre, comme certains le pensent. Au contraire, une connaissance profonde et exhaustive est nécessaire pour rassembler tous les Hadiths sur une question particulière et pouvoir ensuite en tirer un avis. Ceci est le travail des meilleurs juristes (fuqahâ). S’aventurer dans le Hadith sans posséder la connaissance suffisante peut égarer les gens comme cela a été attesté et mentionné par les Imams du passé. [3]

Qu’Allâh nous préserve de l’ignorance et de l’égarement.

 

En complément de l’article, vous pouvez également regarder cette vidéo de Sheykh Mumtaz ul-Haqq al-Hanafiyy (sous titrée en français) :

 

 

 

Notes :

[1] Malik ibn Anas, Ahmad ibn Hanbal, Ash-Shafé’i, Abou Hanifa – Qu’Allâh les agrées –

[2] An-Nawawi, al-Majmu’ Sharh al-Muhadhdhab (1:64), citant la Fatwa d’al-salah, wa Masa’il (1:54, 1:58-59). Cf. at-Tahanawi, I’la’ as-Sunan (2:290-291).

[3] Il faut également comprendre que les 4 Imams ont vécus avant al-Boukhari et Muslim. Il était donc plus facile pour les 4 Imams de vérifier les chaines de transmissions. Al-Boukhari et Muslim sont arrivés plus tard, par conséquent il leur était plus difficile de vérifier ces chaines. Il se peut donc qu’ils n’aient pu authentifier tel ou tel hadith pour la raison qu’ils manquaient d’informations sur certains transmetteurs. Et ainsi de suite, car plus vous vous éloignez dans le temps et plus le nombre de transmetteurs augmente (et donc ceux qui affaiblissent les chaines aussi). De même, avec le temps, des informations se perdent sur les rapporteurs. Il devient donc beaucoup plus difficile d’authentifier avec certitude un hadith. Cela explique pourquoi certains Hadths authentifiés par nos 4 Imams ne se trouvent pas dans les deux Sahih.

Il faut aussi noter que lorsque l’on connait la grande rigueur des 4 Imams dans leurs critères d’authentification des hadiths, il est aisé de comprendre pourquoi les Savants ont cette confiance dans les Hadiths utilisés et authentifiés par nos 4 grands Imams Mujtahid.

Lire en complément l’article : Le Hadith égare ceux qui sont dénués de Fiqh

Suivi d’une école – Les Salafis sont-ils des transgresseurs?

Par le Mufti  Muhammad ibn Adam al-Kawthari [1]

Qouran

 

 

Question :

Vous savez que nous avons la secte dite Salafi. Sont-ils considérés comme transgresseurs?

 

Réponse :

Au nom d’Allâh, le Très Compatissant, le Miséricordieux,

Le message réel de l’Islam est l’obéissance à Allâh. L’accent a été mis sur le suivi du Messager d’Allâh (salallâhou ‘alayhi wassalaam), parce qu’il représente les commandements d’Allâh. Par conséquent, tous les musulmans devraient s’efforcer de suivre les commandements d’Allâh le Tout-Puissant et Son Messager.

Toutefois, il existe de nombreux commandements et injonctions du Coran et de la Sunna qui sont confus et ambigus. En fait, il y a certains énoncés qui semblent (apparemment) en contradiction avec d’autres versets du Coran et des Hadiths.

Par exemple : Il y a un Hadith qui dit : « Celui qui a un imam, la récitation de l’imam (en prière) est sa récitation » [2]. Cela indique que celui qui suit l’imam dans la prière doit rester silencieux. Toutefois, un autre Hadith dit : « Il n’y a pas de Salat (prière) pour celui qui n’a pas récité la Sourate Al-Fatiha ».

Maintenant, si une personne a les qualifications requises, la connaissance profonde des différentes sciences de la Shari’ah qui exige de nombreuses années d’intenses études avec piété et crainte d’Allâh, alors elle peut étudier les différentes preuves et décider pour elle-même qu’elle est la position correcte. Cette catégorie de personne est connue sous le nom de « Mujtahid » [3].

Toutefois, si l’on est en deçà des conditions requises pour être Mujtahid (de nombreux chercheurs ont mentionné qu’il est impossible pour une personne d’atteindre le niveau de l’Ijtihad à notre époque), il est alors nécessaire pour elle de suivre un Mujtahid qui a passé toute sa vie dans l’étude des différentes sciences de la Shari’ah. Ceci est connu comme « le suivi d’une école (Madhhab) ».

Il convient de rappeler que lorsque nous suivons un Madhhab (une école de jurisprudence), nous ne suivons pas une seule personne, mais nous suivons les travaux de recherche effectués par des milliers de savants qui ont consacré leur vie pour cette noble cause.

Allâh dit dans le Saint Qur’an :

« Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas ». [4] et [5]

Si une personne est dans l’illusion et se considère comme un Mujtahid et qu’en réalité elle ne l’est pas (comme c’est le cas généralement), alors c’est certainement mauvais et cela conduit à la déviation.

Quant à la question « Les Salafis sont-ils des transgresseurs (ndt : sur ce point) », cela dépend de la personne, toutefois les gens normaux sont en deçà de l’exigence de l’Ijtihad, et par conséquent il leur est nécessaire de suivre une école (Madhhab).

Je ne voudrais pas faire un jugement général sur le fait qu’ils soient (tous) ou non des transgresseurs, nous laissons cela à Allâh le Très-Haut, afin de ne pas être interrogé sur cette question le jour de Qiyamah.

Qu’Allâh bénisse la Oummah par l’unité, car c’est ce dont elle a le plus besoin actuellement, et qu’Il nous guide tous dans le droit chemin (Ameen).

Et Allâh est plus savant.

Muhammad ibn Adam al-Kawthari
Darul Iftaa, Leicester, Royaume-Uni

Notes :

[1] La biographie du sheykh est disponible ici : Biographie de Sheykh Muhammad ibn Adam al-Kawthari

[2] Sunan Ibn Majah et al-Bayhaqi

[3] Le Mujtahid est celui qui prononce une interprétation personnelle (ijtihâd) sur un point de droit dans l’islam. L’ijtihâd est le jugement résultant de la réflexion du mujtahid. Il existe trois catégories de Mujtahid :

1) Al-mujtahid al-mutlaq : capable de faire se rapprocher des textes divergents et en tirer la synthèse, élaborer les principes juridiques sans référence à une école particulière (madhhab). Ces compétences sont considérées comme exceptionnelles et rarissimes.

2) Al-mujtahid al-mutlaq al-muntasib le même mais dans le cadre d’une école interprétative (madhhab).

3) Al-mujtahid fil-madh’hab dans le cadre d’une école interprétative, capable d’élaborer des réponses juridiques sur des questions nouvelles.

Seuls les savants les plus compétents atteignent le rang de Mujtahidin.

[4] Les gens du rappel sont les savants.

[5] Sourate Al-Nahl – verset 43

Défense de l’école Ash’ari

Par Sheikh Muhammad Sayyid al-‘Alawî al-Mâlikî

 

sheykhalalawaialmaliki-copie

 

Ce qui suit est une défense de l’école Ash’ari par l’un des plus grands savants Mecquois contemporain que ce soit dans le Hadith ou dans le Fiqh à savoir le Sheikh Muhammad Sayyid al-‘Alawi al-Maliki (RA) [1]. Il répond ici à ceux qui attaquent injustement l’école de Croyance Musulmane à laquelle la majorité des Savants ont adhéré depuis plus de 1000 ans et ce jusquà nos jours. L’Ash’arisme est la ‘Aqida de la totalité des Malékites, de la grande majorité des Shafé’ites, d’un tiers des Hanafites (les autres étant Matouridites) et d’une bonne partie des Hanbalites. Parmi les plus célèbres  on peut citer les imams an-Nawawi, al-‘Asqalani, al-Qourtbi, al-Ghazali, al-Haytami, etc…

 

Sheikh Muhammad ‘Alawi al-Maliki :  » Beaucoup de fils/filles de musulmans ne connaissent pas l’école Ash’ari, ce qu’elle représente, et ses positions sur les principes de la foi islamique (‘aqidah). Certains d’entre eux, sans vergogne, ne peuvent s’abstenir d’accuser cette école de déviance, d’égarement et d’hérésie sur la question des attributs d’Allâh. La méconnaissance par les musulmans de l’école Ash’ari est une cause de la disparité dans l’unité des rangs d’Ahl al-Sunna. Certains ont été jusqu’à considérer les Ash’aris parmi les catégories des sectes égarées. Cela me dépasse que les croyants puissent être associés à des mécréants. Comment les musulmans sunnites peuvent-ils être considérés à égalité avec la plus extrême faction des Mu’tazilites ou des Jahmites.« Eh quoi ! Traiterons-Nous ceux qui sont soumis à la volonté de Dieu sur le même pied d’égalité que les criminels? D’où tirez-vous cet étrange jugement? »  [2]

Parmi les savants de la communauté musulmane, les Ash’aris sont les imams d’éminents maîtres de la guidance, dont la connaissance a rempli le monde d’est en ouest, et dont les gens ont unanimement reconnu l’excellence, l’érudition, et la piété.

Ils sont constitués de savants sunnites de premier ordre et des « phares » les plus brillants, ils sont ceux qui se sont opposés à l’excès commis par les Mu’tazilites. On compte parmi eux les plus grands imams du Hadith, du Fiqh et de l’Exégèse Coranique comme le Sheikh al-Islam Ahmad ibn Hajar ‘Asqalani (d. 852/1449 ), maître des savants du Hadith et auteur du livre « Fath al-Bari bi Sharh Sahih al-Bukhari », ouvrage dont pas un seul savant musulman ne peut se dispenser, était Ash’ari.

Le Sheikh des érudits de l’islam sunnite, l’Imam an-Nawawi (d. 676/1277), auteur de « Sharh Sahih Muslim» et de bien d’autres célèbres ouvrages [3], était Ash’ari.

Le maître des exégètes du Coran, l’Imam al-Qurtubi (d. 671/1273), auteur de « Al-Jami ‘li ahkan al-Qur’an », était Ash’ari.

Sheikh al-islam Ibn Hajar Haytami (d . 974/1567), qui a écrit « al-Zawajir » un iqtiraf al-kaba’ir », était Ash’ari.

Le Sheikh de la Loi Sacrée (Fiqh) et du hadith, l’irréfragable autorité Zakariyya Ansari (d. 926/1520), était Ash’ari.

De même l’Imam Abu Bakr Baqillani (d. 403/1013), l’Imam ‘Asqalani; l’Imam Nasafi (d . 710/1310); l’Imam Shirbini (d. 977/1570); Abu Hayyan Tawhidi, auteur de l’éxégèse Coranique « al-Bahr al-muhit »; l’Imam Ibn Juzayy (d. 741/1340), auteur de « al-Tashil fi ‘al-Ulum Tanzil », tous ces imams et bien d’autres encore, étaient des Ash’aris

Si nous voulions énumérer tous les grands savants du Hadith, de l’Exégèse Coranique, et de la Loi Sacrée (Fiqh) qui ont été des imams Ash’aris, la tâche nous serait difficile et il faudrait des volumes uniquement pour recenser ces illustres personnalité dont la science a rempli la terre d’est en ouest.

Et il nous incombe de rendre le mérite lorsque ce mérite est dû, en reconnaissant la valeur de ceux dont la connaissance et la vertu ont servi la Sharî`ah du plus Grand des Messagers (salallahou ‘alayhi wassalaam).

Que pouvons nous espérer de bon si nous contestons nos grands savants et vertueux aînés en les accusant de déviance et d’égarement?

Devrions-nous espérer qu’Allâh nous donne le bénéfice de leur science alors que nous croyons qu’ils étaient déviants et égarés?

Je vous le demande, y a-t’il un seul savant musulman contemporain, parmi les docteurs et les plus brillants érudits, qui ait apporté autant que Ibn Hajar ‘Asqalani ou l’Imam an-Nawawi ? Y en a-t’il un seul qui ait rendu autant service à la pure Sunnah Prophétique que ces deux nobles imams (Qu’Allâh les comble de Sa miséricorde et leur accorde la félicité)?

Comment pourrions-nous les accuser de déviance eux et tous les Ash’aris alors que nous avons tant besoin de leur science?

Comment pouvons-nous prendre d’eux s’ils sont dans l’erreur?

C’est la raison pour laquelle l’Imam ibn Shihab az-Zuhri (d. 124/742) à dit :  » Cette science est une religion, alors regardez bien de qui vous prenez votre religion « .

Les opposants aux Ash’aris ne pouvaient-ils pas se contenter de dire,  » En interprétant les Attributs Divins, ils ont eu un raisonnement (ijtihâd) erroné, il aurait été meilleur pour eux de ne pas le faire, qu’Allâh leur fasse miséricorde «  [4]; au lieu de les accuser de déviance et d’égarement, ou de s’opposer vigoureusement à ceux qui les considèrent parmi les Sunnites?

Si les imams an-Nawawi, al-‘Asqalani, al-Qurtubi, al-Baqillani, al-Fakhr al-Din al-Razi, al-Haytami, Zakariyyah al-Ansari, et de nombreux autres parmi les plus éminents savants et les illustres érudits ne sont pas du nombre des Sunnites, alors qui au juste en fait parti?

J’invite sincèrement tous ceux qui appellent à cette religion ou qui œuvrent dans le domaine de la propagation de l’islam à craindre Allâh en respectant l’honneur de la Communauté de Muhammad. Nul bien ne nous sera octroyé jusqu’au Jour Dernier, si nous ne parvenons pas à reconnaître la valeur et l’excellence de nos savants. « 

Pour conclure, ceux qui ont véritablement suivi le Prophète et ses compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux tous) depuis prêt de 1400 ans sont les Sunnites (Ahl al-Sunna wa’l Jamâ’ah).

En résumé, ce groupe sauvé est composé aujourd’hui de ceux qui suivent les Imams Abu’l Hassan al-Ash’ari et Abu Mansur al-Maturidi dans la croyance (‘Aqeedah), et qui adhèrent à l’une des quatre écoles de jurisprudence – Hanafi , Maliki, Shafi’i et Hanbali.

Il s’agit du groupe qui tout au long de l’histoire islamique a eu le plus grand nombre d’adeptes (as-Sawad-al-Az’am) comme en attestent les preuves tirées du Qour’an et des hadiths, il restera majoritaire jusqu’à ce que l’Heure soit établie, insha Allâh.
   

Notes :

[1] Sheikh Mohammad Ibn `Alawî Al-Mâlikî est né en 1943 à la Mecque Honorée, au sein d’une famille prestigieuse issue de la progéniture de l’Imâm Al-Hasan Ibn `Alî Ibn Abî Tâlib – que Dieu les agrée – et connue pour une longue tradition au service de l’Islam. A l’âge de 15 ans il enseignait déjà les livres de Hadith et de Fiqh à la Mosquée Sacrée de la Mecque aux autres étudiants, et ce sur ordre de ses maîtres. Après avoir terminé son éducation traditionnelle dans sa ville natale, son père l’envoya à al-Azhar, en Égypte, où il poursuivit ses études, et devint, à l’âge de 25 ans, le premier et le plus jeune Saoudien à obtenir son doctorat au sein de cette université. Sa thèse sur le hadith fut excellente et très appréciée par les éminents ulémas d’al-Azhar de l’époque, dont l’imam Abu-Zahra.Il enseigna à la Faculté de Sharî’ah à l’Université d’Umm Al-Qurâ à la Mecque entre 1390 et 1399 A.H. Son activité dépassa le cadre de l’enseignement à la Mosquée Sacrée pour inclure des allocutions et des prêches diffusés par la radio publique Saoudienne et par la radio du Message de l’Islam (Nidâ’ Al-Islâm). Par ailleurs, il ouvrit un centre d’enseignement dans sa maison qui attira près de six cents étudiants venus de divers pays, notamment de l’Asie de Sud Est et du Yémen. Il fut élu à la tête du jury du concours international de mémorisation du Noble Coran entre 1399 et 1401 A.H. Il présida plusieurs sessions de la Conférence de l’Imâm Mâlik qui se tient tous les ans au Maroc. Il se rendit dans nombre de pays musulmans où il donna diverses conférences, notamment en Asie de l’Est où l’on compte plus d’une trentaine d’écoles, d’instituts et de mosquées pilotés par le Sheikh et bénéficiant de son concours dans l’élaboration de leurs programmes pédagogiques et pour l’obtention de bourses d’études financées par divers bienfaiteurs à l’intérieur et à l’extérieur de la monarchie Saoudienne.

Lire sa biographie complète ici : Sheykh Muhammad Sayyid al-‘Alawî al-Mâlikî

[2] Qour’an, Sourate 68 – Versets 35 et 36

[3] On peut citer le celébrissime Riyad as-Salahin (Le Jardin des Vertueux)

[4] Par cette parole le sheykh al-Maliki ne veut pas dire que les Ash’aris se sont trompés en faisant l’interprétation, il montre simplement aux détracteurs quel aurait été le bon comportement à adopter.

.
Quels avantages y a-t-il à suivre une école Juridique [Madhaab]? [1]

 


MaqamMecca[2]


Allâh dit : « Demandez aux gens de sience, si vous ne savez pas! »

Sheykh Nuh Ha Mim Keller mentionne dans une de ces conférences que, dans la Tariqa Shadhili le Sheykh n’a pas une importance énorme. Le Murshid Shadhili (guide spirituel) exige seulement une chose, le suivi strict de l’une des quatre écoles Juridiques.

Simple n’est-ce pas? Presque! Cela signifie plusieurs choses :

A) Il faut d’abord apprendre le madhab (l’école)- au moins ses règles de base.

B) Il faut ensuite suivre le célèbre principe du Tasawwuf : ‘amal bil-Ilm ou agir avec la connaissance.

C) Il faut avoir at-Taqwa fid-din [3]. Cela signifie que l’on ne peut pas piocher les avis qui nous plaisent juste dans le but de satisfaire nos moindres passions. Plutôt, on doit craindre Allâh et suivre les Mujtahideen du madhaab. Certains croient à tort qu’un Madhaab dans le Fiqh ne représente que les opinions d’un seul imam. Conclure à une telle chose est de la bêtise. Lisez n’importe quel travail, disons, de Fiqh Hanbali, on y trouvera au moins 10 grands Mujtahideen mentionnés. Une école de droit est composée de nombreux Mujtahideen qui cherchent à soutenir ou à réfuter les opinions de leurs « collègues » antérieurs.

Quels sont les avantages majeurs à suivre un Madhaab ?

 

1) La sécurité dans la pratique de ma religion (Deen).

Dans cette ère de « l’information », chacun s’efforce – surtout s’il est influencé par nos frères Wahhabites – de parvenir jusqu’à l’avis correct. Mais comment atteindre cet avis correct lorsque l’on est un novice, juridiquement ignorant des normes du Fiqh, sans connaissance des bases des Usoul et Furu de la Législation, asbaab-an-Nuzul, Ilm-al-hadith (en particulier Jarh et Ta’deel), du Tafsir et donc du Qour’an et que l’on ne maîtrise pas la langue arabe, etc…

Comment le choix d’un madhaab peut-il être bénéfique à une personne? Savoir que l’on suit constamment un avis fondé sur des preuves solides, sans même devoir les mémoriser, est un avantage énorme! Savoir que l’avis suivi provient de personnes qualifiées dans la Jurisprudence, qui après avoir maîtrisé les 20 sciences et plus de l’Islam, sont arrivé à cet avis par le biais nécessaire de l’Ijtihad. Savoir que plus de 1200 années de profonde érudition soutiennent une telle position. Sans oublier que cet avis- que vous avez pris de votre madhaab – a résisté à l’épreuve du temps. Lorsque les ennemis des madhaab écrivaient des réfutations sur ces avis, votre madhaab répliquait à leurs exposés avec argumentations et preuves à l’appui.

2) L’acquisition de l’entraînement spirituel.

Quand on doit passer au crible les avis, on est constamment fatigué par cette recherche et le risque que l’on a de suivre un avis non valide. Cette énergie dépensée est inutilement gaspillée. L’énergie dépensée en effectuant ces recherches pourrait être redirigée vers des actes d’adoration ou vers l’exécution de ce qui est connu comme étant une opinion valable dans la Shari’ah. La sécurité provoque ainsi une chance pour le demandeur d’agir au lieu de simplement « d’étudier ». En effet, l’apprentissage n’a aucune signification si ce qui est appris n’est pas appliqué.

3) Le suivi des Salafs.

En suivant un madhab, on suit vraiment les Salafs. J’ai entendu les pseudos-salafis prétendre qu’ils suivaient les Salafs. Je me demande ce que l’imam Ash-Shafi’i dirait à propos de ces gens qui n’ont pas mémorisé le Qour’an, maîtrisé la langue, appris les 20 sciences et plus de l’Islam, mais pensent qu’ils peuvent déchiffrer ce qui dans la Jurisprudence relève du haqq ou du batil. Voudriez-vous qu’un avocat diagnostique si oui ou non vous avez un cancer? Existe-il une question plus importante que celle qui concerne votre au-delà?

Regardez les hommes qui sont venus avant nous. Par exemple les Hafidhs (ce terme signifie qu’ils ont mémorisé minimum 100.000 hadiths avec formulation et chaîne) : Ibn Khouzayma, Taqiy-ud-Dîn As-Subki, Ibn Hajar Al-‘Asqalani et Haytami, l’imam An-Nawawi, Al-Boukhari, Al-Muzani, As-Suyuti, Al-Bayhaqi, An-Nasaa’i, et des centaines d’autres, faisaient tous partie d’un madhaab (ici l’école Shafé’ite)! J’utilise seulement cet exemple pour montrer que ces incroyables savants, maîtres du hadith, docteurs en droit, plaçaient leur confiance et leur âme dans l’Ijtihad de ces Imams [4]. Pourtant, à notre époque, des Musulmans rejettent avec arrogance et même condamnent leurs avis juridiques, comme s’ils étaient eux juridiquement autorisés à le faire.

Posez-vous simplement cette question : Combien de hadiths (à la fois le texte et les chaînes) avez-vous mémorisé? Maintenant, comparez cela aux plus de 100.000 hadiths mémorisés par chacun de ces hommes mentionnés ci-dessus, tous membres de l’école Shafé’ite.

Êtes-vous meilleur qu’eux dans la compréhension Juridique? Dans le Hadith? Dans la Langue?

Ces sommités dans le Hadith et diverses sciences Islamiques, ont pourtant tous choisi de suivre l’une des quatre écoles Juridique et ce malgré leur immense bagage scientifique.

Je pense que ceux qui ont abandonné les quatre Madhaab ont en fait abandonné la science des Compagnons. C’était leur érudition qui a conduit à l’incarnation de ce qui est connu aujourd’hui comme étant le « Fiqh ». C’était leur sang qui a été versé pour l’édification de la Jurisprudence. Pourtant, les pseudos-salafis se moquent de leurs sacrifices en accablant la position des Salafs, et en essayant de hisser leurs propres avis au-dessus des avis des Salaf-us-Salih (les Pieux Prédécesseurs).

Je demande à Allâh d’ouvrir nos cœurs à Sa Loi et de nous raffermir sur Sa Religion! Qu’Allâh déverse Ses Bénédictions sur notre maître bien-aimé Muhammad , sa famille et ses Compagnons. Ameen!

Notes :

[1] Article élaboré à partir d’une réflexion du frère Abu Layth de SeekingIlm.

[2] Jusqu’au début du siècle, il y avait autour de la Kaaba les 4 maqams représentant les 4 écoles Sunnites de Fiqh, jusqu’à leur destruction par les wahhabites en 1917. Ces maqams servaient aux pèlerins qui pouvaient venir y questionner un Mufti de leur école. Le nombre de pèlerins augmentant chaque année on peut comprendre la nécessité qu’il y avait à faire de la place autour de la Kaaba. Cependant ces 4 maqams n’ont pas été déplacées mais tout simplement détruites, pour des raisons évidentes d’incompatibilité avec la vision unilatérale et sectaire qu’ont les Wahhabites de l’Islam.

[3] La crainte révérentielle (délaisser les interdits, chercher la satisfaction d’Allâh).

[4] Malik ibn Anas, Ahmad ibn Hanbal, Abou Hanifa, Ash-Shafi’I et leurs successeurs (Qu’Allâh leur fasse Miséricorde).