Faut-il rejeter les Hadiths faibles (Da’if) ?

 

 

 

 

La Méthodologie des Savants Sunnites traditionnels concernant l’utilisation et la mise en pratique des Hadiths Faibles (Da’if)

 

La grande majorité des savants Sunnites du Hadith, comme l’Imam ibn Hajar al-‘Asqalaniyy, l’imam Ibn Salah, l’imam Ahmad, ou l’imam an-Nawawiyy dans l’introduction de son « al-Adkhar » ont dit que les Ahadiths classés comme faibles sont acceptés et peuvent être mis en pratique dans les questions relatives aux « actes vertueux » (Fada’il al-‘Amaal) [1]. Ce n’est que très récemment qu’une poignée de réformateurs ont commencé à vouloir rejeter de telles narrations. Même l’Imam Boukhari a rempli ses livres de Ahadith classés comme faibles, non pas dans son Sahih, car celui-ci répertorie uniquement les Ahadith authentiques, mais si vous prenez Al-Adab Al-Moufrad, il y a bons nombres de Ahadith dits « faibles ». On trouve aussi ces Ahadith dans les Sunnan d’at-Tirmidhi, le Musnad d’Ahmad ibn Hanbal, le recueil d’ibn Majah, le Mustadrak de l’imam Hakim et bien d’autres. Ce n’est donc pas parce qu’un Hadith est faible qu’il doit être rejeté, contrairement au Hadith inventé (ou forgé – mawduh) qui lui n’est pas pris en compte.

Aujourd’hui les gens ont inversé le sens de la notion d’être « scrupuleux » (wara’).

Sur les questions relatives aux « actes vertueux », ils diront : « Je préfère être prudent, ce Hadith est peut-être faible, je préfère ne pas le mettre en pratique ». Non ! Même si le Hadith est faible, s’il mentionne des actes vertueux, alors il doit être mis en pratique, pour être en sécurité, car il y a probablement d’autres sources qui témoignent de son authenticité. Car le statut « faible » ne signifie pas que le Prophète ﷺ n’a pas dit la parole concernée.

Que veut dire « Hadith faible » ?

Le sens, c’est qu’il y a une faiblesse d’un des narrateurs dans la chaîne de transmission et par exemple, les savants ont dit de lui que le narrateur concerné a pu avoir des problèmes de mémoire dans sa vieillesse ou qu’il a perdu ses livres et donc que sa capacité à mémoriser était affaiblie, ou qu’il y a eu des doutes concernant son nom. Donc il y a tout de même une forte probabilité, pour la plupart des Hadiths faibles, qu’ils relatent bien en réalité la parole du Prophète ﷺ.

C’est juste par principe de précaution que ces Hadiths furent déclassés de « authentiques » (Sahih) ou de « bons » (Hassan) vers le statut « faible » (Da’if).

Pour cette raison, être prudent concernant les Hadiths relatifs aux actes vertueux, ça consiste à les mettre en pratique et non à dire : « ce Hadith est faible, donc je vais l’ignorer ». En regardant les Ahadith qui parlent du jeûne lors du mois béni de Rajab, untel pourrait dire : « Ces Hadiths sont faibles, alors par sécurité je ne vais pas les mettre en pratique et je ne jeûne pas ». Nous répondons : « Mets-toi en sécurité en appliquant ces Ahadith » car ils indiquent un acte que le Prophète ﷺ nous a encouragés à faire. Peut-être que le Prophète ﷺ l’a dit ou peut-être pas. Dans ce cas, mets-toi en sécurité en le mettant en pratique, ainsi tu n’auras pas perdu cette opportunité d’obtenir des récompenses.

De grands savants du Hadith comme l’Imam Ahmad ibn Hanbal, Ibn al-Mahdi ou ‘Abd Allâh ibn al-Mubarak avaient pour coutume de dire : « Lorsque nous rapportons des Ahadith concernant le licite (halal) et l’illicite (haram), nous faisons preuve d’une rigueur extrême, et lorsque nous rapportons ce qui concerne les actes vertueux et ce qui est similaire (histoires et récits), alors nous sommes plus indulgents. » [2]

L’imam ibn Taymiyyah رحمه الله a déclaré : « …En conclusion, les narrations de ce type (faibles et qui concernent les bonnes actions), elles doivent être partagées et pratiquées en vue d’encourager les gens [aux bonnes actions] et pour les dissuader [de faire de mauvaises actions], mais pas en ce qui concerne l’istiḥbāb (les actes recommandables). Ensuite, croire en leur issus (c’est-à-dire qu’elles sont dignes de récompenses ou de punitions), cela dépend des preuves fondées sur le Shariʿah. » [3]

Quant à l’Imam al-Hafiz ‘Allamah Mulla ‘Ali al-Qari il a dit : « … le Hadith faible peut être pratiqué selon les vertus qu’il contient (fada’il) selon le consensus des savants. » [4]

C’est uniquement dans ce qui concerne la croyance (‘Aqida) et ce qui est autorisé (Halal) et ce qui est interdit (Haram), que les Hadiths faibles ne sont pas acceptés. Et malgré tout, l’Imam Ahmad ibn Hanbal رضى الله عنه, à l’origine de l’école Hanbalite, était d’avis qu’on pouvait utiliser les Ahadith faibles dans la détermination de ce qui est Halal ou Haram en l’absence d’un Hadith authentique. Ainsi, l’Imam Ahmad préférait choisir un Hadith faible plutôt que de recourir au raisonnement analogique (Qiyas) pour toute issue sur laquelle aucun Hadith Sahih ou Hassan n’existait comme support. Tandis que d’autres Juristes et Savants préféraient recourir au Qiyas plutôt que de prendre en compte un Hadith faible pour le Halal et le Haram. Quant à l’Imam an-Nawawi رحمه الله était d’avis que le Hadith faible peut être pris en compte concernant le Halal et le Haram seulement lorsqu’il s’agit de faire preuve de scrupule.

Que veut dire « faire preuve de scrupule » ?

C’est en rapport à des questions du type : « cette transaction est-elle licite ou non ? » Vendre tel bien de telle manière est-il licite ou non ? S’il n’y a pas de Hadiths particuliers (Sahih ou Hassan) offrant une réponse claire, mais qu’il existe un hadith faible qui indique que c’est Haram, alors ici, on accepte le Hadith faible et on ne fait pas l’acte, par scrupule, car le Hadith faible l’indique.

De nos jours, beaucoup de gens pensent qu’un Hadith faible doit être rejeté et mis de côté. C’est faux et c’est grave de penser cela !

Sur cette question du Hadith faible, l’écrasante majorité des Savants Sunnites de l’Islam (Ahl as-Sunnah), c’est-à-dire quasiment tous les Savants de l’Islam Sunnite, et là on parle de consensus (‘ijma) parmi eux, ont dit qu’un Hadith faible peut être utilisé en ce qui concerne les actes vertueux et tout ce qui est en dessous de cela. A ce titre, dans son introduction des 40 Ahadith, l’Imam an-Nawawiyy a déclaré : « Les savants autorisent, à l’unanimité (‘ijma), l’application du Hadith faible lorsqu’il s’agit d’œuvres méritoires… » [5]

Qu’est-ce qui est en dessous des actes vertueux ?

La Biographie Prophétique (Sira), les récits biographiques qui narrent les mérites des pieux (Manaqib) et l’Histoire. Donc, tout Hadith faible utilisé dans les ouvrages de biographie Prophétique, ou dans les livres d’Histoire ou dans les livres qui narrent les mérites des pieux, comme ceux sur les Compagnons, ou ceux qui leur ont succédé, ou ce qui concerne « les Signes de la Fin des Temps », alors là aussi, les Hadiths faibles sont acceptés, à moins que la faiblesse tombe au même niveau que celui d’un Hadith fabriqué (Mawdu’), ou que le Hadith faible entre en conflit avec un Hadith authentique, auquel cas le Hadith Sahih est accepté en dépit de celui qui est faible.

Les principes d’utilisation du Hadith faible sont-ils maintenant plus clairs ? On veut s’en assurer, car aujourd’hui, lorsque nos jeunes viennent vers l’Islam, ils entendent des gens parler à tort et à travers du Hadith faible, au point où ils imaginent qu’on doit rejeter ces Hadiths. Non, ce n’est pas vrai !

Retenez bien qu’il existe en vérité une probabilité non négligeable que le Prophète ﷺ ait réellement prononcé ce qu’on trouve dans les Hadiths dits « faibles ».

Ainsi, nous acceptons et nous utilisons le Hadith faible dans ce qui concerne les actes vertueux, la biographie Prophétique, dans les livres qui narrent les mérites des pieux, d’Histoire, sur les Signes de la Fin des Temps.

Et Allâh est plus Savant.

 

Notes :

Références : L’imam an-Nawawiyy, Sheykh al-Habib ‘Ali al-Jifri & Mufti Abdur-Rahman ibn Yusuf

[1] C’est-à-dire la récitation du Qour’an, la Glorification d’Allâh (tasbih), les invocations (dou’as), l’aumône, libérer un esclave, le bon comportement, etc.
[2] Voir dans Tadrib ar-Rawi de l’imam As-Suyuti
[3] Ibn Taymīyah, dans Majmūʿ Fatāwá, Vol. 18, Section 65-68
[4] Mirqat al-Mafatih
[5] Il précise cela malgré le fait qu’il utilise les Ahadith Sahih dans l’ouvrage en question.

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