Explication du Hadith de la descente d’Allâh (an-Nouzoul)

 

Les paroles des grands Savants de l’Islam

 

 

hadith descente nouzoul

 

 

Il fait partie de la croyance (‘Aqida) de tout Musulman d’affirmer qu’Allâh existe sans endroit ni espace, mais alors que dire du hadith dit de la « descente d’Allâh » (Nouzoul). Depuis quelques années, une poignée de savants contemporains se réclamant des Pieux Prédécesseurs ainsi que ceux qui les suivent, tentent de faire en sorte que les Musulmans adoptent leur lecture strictement littéraliste. Ils affirment pour Allâh l’endroit, le déplacement, le fait de s’asseoir, etc. faisant croire ainsi à leurs adeptes qu’il s’agit là de la croyance et de la méthodologie des Salafs (Pieux Prédécesseurs). Nous allons (inshaa Allâh) démontrer dans cet article que cette affirmation n’a jamais existé, ni chez les Prédécesseurs, ni chez leurs successeurs.

 

Explication du Hadith de la « descente » d’Allâh (an-Nouzoul)

 

Abu Hurayra (radhia Allâhou ‘anhou) a rapporté que le Messager d’Allah (Salallâhou ‘alayhi wassalaam) a dit : « Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le prophète (salallâhou ‘alayhi wasalaam) a dit :

« A partir du dernier tiers de la nuit, notre Seigneur descend au ciel le plus proche de la terre et dit : « J’exauce les invocations de celui qui M’invoque, Je donne à celui qui Me demande et pardonne à celui qui Me demande le pardon ». [1]

Il existe deux opinions des savants concernant cette narration (hadith). On peut ainsi l’interpréter des deux manières suivantes :

1) Sa miséricorde, Son Ordre et les anges descendent  (de même que nous pouvons dire en anglais « le roi a construit cette ville», c’est à dire qu’il a ordonné que la ville soit construite, bien qu’en réalité ce soit si les ouvriers qui aient fait le travail). [2]

Il a été rapporté de (l’Imam) Malik (radhia Allâhou ‘anhou) qu’il a interprété (le hadith an-nouzoul) de cette manière. Ainsi, il a dit qu’il s’agit de la descente de Sa miséricorde (la Miséricorde d’Allâh) et (la descente) de Son Ordre ou de Ses Anges, tout comme on dit « Le Roi a fait telle chose » c’est-à-dire que ce sont ses subordonnés qui l’ont fait sur son ordre » [3]

2) C’est une métaphore exprimant Sa douceur envers ceux qui invoquent (c’est-à-dire à cette heure de la nuit) et c’est la réponse qu’Il leur donne. [4]

Ainsi, dans son livre Fath al-Bari [5], l’imam Ibn Hajar al-‘Asqalani (rahimahou Allâh) a expliquer ce hadith de la manière suivante :

« Quant à sa parole « Yanzilou Rabbouna ‘ila s-Samaa’i d-Dounya », les anthropomorphistes (mouchabbihah) se sont basés dessus pour confirmer une direction à Allah et ils disent que c’est la direction du dessus (al-oulouww) et cela a été renié par les savants (al-joumhour), parce que parler ainsi revient à limiter Allâh, qui est exempt de cela. Puis les gens ont divergé sur le sens de an-nouzoul : certains l’ont pris selon le sens apparent et en réalité, ce sont les anthropomorphistes (al-Mouchabbihah), et Allah est exempt de ce qu’ils disent. Certains ont carrément nié la véracité de tous les hadiths parvenus à ce sujet, ceux-là sont les Khawarij et les Mou’tazilah et ceux-là sont vraiment étonnants parce que d’un côté ils interprètent ce qui est parvenu dans le Qour’an qui est du même ordre, et d’un côté ils renient ce qui est parvenu du hadith soit par ignorance, soit par entêtement.

Certains sont passés sur ces textes comme ils ont été révélés en y croyant dans leur globalité et en exemptant Allah du comment des anthropomorphistes, et ceux-là sont la majorité des savants du Salaf. [Par ailleurs], al-Bayhaqi ainsi que d’autres, ont rapporté des quatre imams, des deux Soufyan, des deux Hammad, de al-Awza’i, de al-Layth, et d’autres, qu’ils ont interprété (ta°wîl) ce texte selon ce qui est digne concernant Allah et qui est utilisé dans la langue des Arabes. Certains autres sont allés tellement loin dans l’interprétation que cela revenait à une sorte de distorsion. Certains autres ont fait la différence entre ce qui est une interprétation « proche » c’est-à-dire utilisée dans la langue des Arabes, et ce qui serait éloigné, et par conséquent, ils ont interprété dans certains cas et ils ont fait le tafwid [laisser le sens à Allah] dans certains cas, et cela a été rapporté de l’imam Malik. Il a été confirmé par Ibn Daqiq al-Id, de parmi les savants de la nouvelle génération, que al-Bayhaqi a dit que la plus saine [de toutes ces voies] est d’y croire sans comment et de passer sous silence ce qui est visé. »

En outre, Ibn Hajar al-`Asqalani (rahimahou Allâh), le célèbre commentateur du Sahih al-Bukhari (Fath al-Bari), mentionne une citation de l’imam Baydawi dans laquelle il dit que ce qui est entendu par la « descente » est la lumière de Sa miséricorde et non pas le fait qu’Il se déplace d’un endroit à un autre.

Quant à l’Imam an-Nawawi (rahimahou Allâh), voilà ce qu’il dit :

« Ce hadith fait partie des hadiths sur les attributs. Il a suscité deux opinions célèbres parmi les savants, que nous avons détaillées dans le livre de la foi. En résumé, la première opinion est celle de la majorité des savants parmi les pieux anciens et quelques théologiens dogmatiques, qui estiment qu’il faut croire que cette descente est vraie d’après ce qui sied à Allah, sans la comparer, dans son sens apparent, à la descente des créatures.

En outre, ils estiment qu’il ne faut pas essayer de l’interpréter tout en sanctifiant et en purifiant Allah des attributs des humains comme le fait de changer de place, de faire des mouvements et autres caractéristiques humaines.

La deuxième opinion est celle de la majorité des théologiens dogmatiques ainsi que de certains groupes de pieux anciens. Cette opinions est rapportée par Mâlik et El-Azwâ’ï qui estiment que cette descente doit être interprétée d’après ce qui sied a Allah et en fonction de ces lieux.

A la suite de quoi, ils ont interprété ce hadith de deux façons :

La première est celle de Mâlik Ibn ‘Anas et d’autres savants ; elle soutient la miséricorde d’Allah, Son ordre ou Ses anges; c’est comme on dit :

{ Le Diable a fait ceci, lorsque ses suppôts font quelque chose par ses ordres.}

La deuxième est à prendre au sens métaphorique dans un sens métaphorique, et elle signifie se tourner vers ceux qui invoquent avec l’exaucement et la douceur, et Allah et plus savant.

Et sa Parole :

« Cela durera jusqu’à la pointe de l’aurore »; signifie la prolongation du temps de la miséricorde et de la douceur totale jusqu’à ce que pointe l’aurore. Il y a là une incitation à rechercher les invocations et le pardon durant tout le temps mentionné jusqu’à ce que pointe l’aurore. Ce hadith stipule aussi que le dernier tiers de la nuit est le moment le plus propice pour la prière, les invocations et la demande de pardon; il est meilleur que son début. » [6]

L’Imam al-Haramayn (rahimahou Allâh) a dit dans son épître al-Nizamiyya, en page 20 :

« Celui qui possède un iota de raison n’a aucun doute sur le fait que le changement, le déplacement et le mouvement sont parmi les attributs des corps. »

L’Imam Al-Qurtubi (rahimahou Allâh) a dit que le hadith est élucidé par ce qui est rapporté par an-Nasa’i dans ses Sunan al-Kubra et dans ‘Amal al-Yawm wa al-Layla selon lequel le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – a dit :

« Allah attend jusqu’à ce que la première partie de la nuit soit terminée, alors Il ordonne à un héraut (munadiyan) de dire : Est-ce qu’il y a quelqu’un invoquant de sorte qu’une réponse puisse lui être apportée, quelqu’un qui demande pardon afin qu’il puisse lui être pardonné, tout requérant afin que sa demande puisse être satisfaite? »  [7]

La narration cité plus haut est confirmée par le hadith de `Uthman ibn Abi al-`As al-Thaqafi qui rapporte du Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – qu’il a dit :

« Les portes du ciel sont ouvertes au milieu de la nuit et un héraut appelle : Est-ce qu’il y a quelqu’un qui invoque de sorte qu’une réponse puisse lui être apportée? Est-ce qu’il y a quelqu’un qui demande de sorte qu’il puisse lui être accordé? Est-ce qu’il ya quelqu’un d’affligé de sorte qu’il puisse être délivré? A ce moment, il n’y a pas un Musulman qui invoque, sans qu’Allâh lui réponde, à l’exception de la femme adultère qui court après son plaisir et son compagnon intime. » [8]

L’Imam Abu al-Walid al-Baji (rahimahou Allâh) a stipulé dans son commentaire du Muwatta  de l’Imam Malik :

« Si le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – dit que notre Seigneur Exalté descend chaque nuit au ciel le plus proche c’est dans le but de nous informer qu’une réponse est apportée à la supplication formulée à ce moment particulier, les demandeurs se voient dotés de ce qu’ils demandent, et ceux qui demandent le pardon sont pardonnés. Cela nous averti quant au grand mérite de ce moment-là et nous encourage à faire des invocations abondante, des demandes, et à se repentir et demander pardon à ce moment. […] »

L’Imam Ibn al-`Arabi al-Maliki (rahimahou Allâh) a déclaré :

« Il est rapporté que les innovateurs ont rejeté ces hadiths, les Salafs les ont transmis tels qu’ils sont venus, et d’autres les ont interprétés, et ma position est la dernière. La parole : «Il descend » se réfère à Ses actes, et non pas Son essence. En effet, c’est une expression pour Ses anges qui descendent avec Son ordre et Son interdiction. Et tout comme la descente peut se rapporter au corps, elle peut également se rapporter à des idées ou des notions spirituelles (ma`ani). Si l’on prend le hadith pour se référer à un phénomène physique, alors la descente correspondrait à l’attribut de l’ange envoyé pour exécuter un ordre. Si on le prend pour se référer à un événement spirituel, il cela correspondrait à : Il n’a pas agi, puis Il a agi : ce serait appelé une descente d’un grade à un autre, et c’est un sens arabe authentique. »

Le grand Imam de la ‘Aqida du Salaf Abu Mansur al-Maturidi (radhia Allâhou ‘anhou, m. 333) a dit :

« Suggérer un endroit pour Allah est de l’idolâtrie. » [9]

L’auteur d’Ash-Shifa, Al-Qadi `Iyad (rahimahou Allâh) a dit :

« Ce qui est signifié par Sa descente est l’approche de Sa Miséricorde, l’augmentation de Sa bonté envers Ses serviteurs, et l’acceptation de leur repentir, comme il est de coutume pour les rois généreux et les Seigneurs cléments quand ils s’approchent près d’une personne en souffrance, d’un nécessiteux, et d’un faible. » [10]

Enfin, on peut citer l’Imam Ibn Al-Jawzi (rahimahou Allâh), le grand spécialiste des chaînes de transmission du hadith (Hafidh), l’exégète (Moufassir), le grand savant de l’école Hanbalite qui a dit dans son livre « Saydou l-Khatir » :

« Tu trouves des gens qui entendent les nouvelles concernant les attributs [de Allah] et qui leur donnent le sens physique, comme certains qui déclarent que Allah descend au ciel ou qu’Il se déplace. Ceci est une mauvaise compréhension car celui qui se déplace, se déplace d’un endroit à un autre et cela implique que l’espace soit plus grand que lui, cela implique aussi le mouvement alors que tout cela est impossible au sujet de Allah (Al-Haqq) ‘azza wa jall ».

Qu’Allâh nous accorde une bonne croyance, une bonne compréhension, et qu’Il nous préserve d’attribuer à Allâh ta’ala ce qui ne sied pas à Sa Majesté.

Et Allâh est plus savant.

 

Notes :

Article réalisé, traduit et composé par l’équipe de Sunnisme.com à partir de recherches personnelles ainsi que des fatwas de Sheykh Faraz Rabbani et de Sheykh Gibril Fouad Haddad.

[1] Sahih al-Bukhari, Hadith Qudsi
[2] Sheykh Faraz Rabbani
[3] Rapporté par le Sheykh Az-Zourqani Al-Misri Al-Azhari Al-Maliki, dans son commentaire d’al-Mouwatta
[4] Ibn Hajar al-`Asqalani dans Fath al-Bari Sharh Sahih al-Bukhari et Nawawi dans Sharh Sahih Muslim
[5] Fath al-Bari, volume 3, p. 23 – Scan dispo ICI
[6] Réf : Somme de Hadith Qudsi avec les commentaires d’Ibn Hajjar Al-‘Asqalani et d’an-Nawawi, Ed. Iqra
[7] D’après Abu Sa`id al-Khudri et Abu Hurayra par al-Nasa’i dans al-Sunan al-Kubra (6:124 #10316) et `Amal al-Yawm wa al-Layla (ed. Faruq Hammada p. 340 #482). Al-Qari l’a déclaré authentique dans Mirqat al-Mafatih (1994 ed. 3:299).
[8] Narré par al-Bazzar, Kashf al-Asrar (4:44); at-Tabarani, al-Kabir (9:51). Al-Haythami l’a déclaré authentique dans Majma` al-Zawa’id (10:209). Egalement  rapport – avec une chaine faible – par Ahmad dans son Musnad
[9] Cité dans le Kitab al-Fiqh al-Akbar bi Sharh al-Qari d’Abu Hanifa (Caire: Dar al-Kutub al-`Arabiyya al-Kubra, 1327/1909) p. 16; cf. al-Maturidi, Sharh al-Fiqh al-Akbar in Majmu`a Rasa’il (Hyderabad: Matba`at Majlis Da’irat al- Ma`arif al-Nizamiyya, 1903).
[10] Al-Qari, Mirqat al-Mafatih (1892 ed. 2:136-137, 1994 ed. 3:298-301).]

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