Un Joyau de ce Monde : la langue du dâd ض

 

Maryam Szkudlarek

 

 

C’est une langue si riche et captivante aux innombrables sciences et facettes. Si belle, que l’on prend beaucoup de plaisir à la parler. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été choisie pour transmettre la dernière révélation. C’est un idiome miraculeux, d’un autre monde. Un délice de ce monde. Une création (presque) parfaite. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle est inaccessible et insurmontable. Tout travail demande patience et sincérité. C’est la langue de l’islam, Allah ne la donnera pas à des gens aux efforts inconstants. Il faut l’approcher avec amour et ténacité. Il y a des hauts et des bas dans cet apprentissage, mais il faut persévérer et la dévotion et les prières aident beaucoup. Voici quelques thèmes concernant l’arabe littéraire (le fousha), que j’aimerais partager à travers mon expérience en tant qu’étudiante et enseignante de la langue arabe depuis quelques années déjà.

Peu – en comparant avec le nombre incroyable d’étudiants de l’arabe dans le monde – se sont vraiment obstinés et ont fait leur preuve. Nombreux sont ceux qui, après de longues années d’étude, font toujours des fautes de grammaire inacceptables et ne travaillent pas pour les corriger. C’est encore plus grave lorsque ces personnes-là ont pris la responsabilité d’enseigner. Pour quelles raisons ? Tout simplement à cause d’un manque de suivi et de motivation. Il faut savoir pourquoi nous apprenons la langue arabe et se rappeler ses intentions au quotidien.

Tout d’abord, une langue, quelle qu’elle soit, doit être pratiquée constamment pour ne pas être oubliée, et cela aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Notons que la meilleure façon de sans cesse s’améliorer et de rester en contact avec la langue, c’est d’instruire. C’est valable pour n’importe quel niveau. C’est la meilleure manière de réviser. De plus, nous commençons tous par la grammaire (an-Nawh et as-Sarf) qui est essentielle pour pouvoir la maîtriser, mais il ne faut pas oublier de pratiquer la lecture et la communication avec. Il y a des étudiants non-arabes qui ont un niveau de grammaire plus élevé que certains enseignants arabes, cependant ils ont des difficultés pour lire et parler. Un équilibre est bon en toute chose. Quelques minutes de lecture par jour, avec patience et persévérance, peuvent faire des miracles non seulement pour lire avec aisance, mais aussi pour parler et comprendre. Puis il faut converser ! Il ne faut pas avoir peur de faire des fautes, il faut se lancer et s’accepter. L’idéal est de demander à la personne en face de corriger les erreurs petit à petit ou de les mentionner à la fin de la phrase ou de l’entrevue, car une inexactitude qui perdure est difficile à remplacer et en engendre d’autres. On fera toujours des erreurs même après vingt ans de pratique, cependant avec le temps elles se feront plus petites et rares. Dans chaque coin du monde, il y a des arabophones arabes et non-arabes, qui connaissent bien l’arabe littéraire ; tenons-leur compagnie et faisons revivre une sounna du Prophète Muhammad . Si beaucoup trop d’Arabes – notamment les écoles dans le monde arabe – la délaissent au détriment de l’anglais et du français, soyons parmi ces personnes musulmanes (et même non-musulmanes) des quatre coins de la terre qui ne l’abandonnent pas.

En ce qui concerne le dialecte, il peut être proche de l’arabe littéraire ou en être éloigné ; tout dépend du pays et de la région. Les pays du Châm comme la Jordanie, la Syrie et la Palestine ont des dialectes assez proches, ce qui est un grand avantage lorsque l’on étudie dans ces pays-là. Un grand nombre de locaux comprennent le fousha et peuvent le parler, et quand bien même ils préféreraient s’en tenir au dialecte, ce dernier reste compréhensible contrairement à d’autres pays arabes. Le dialecte est utile à apprendre pour ceux qui vivent dans un pays arabe, pour que la communication soit plus fluide et agréable pour les natifs. C’est à condition qu’il soit étudié en plus de la langue littéraire et non pas à sa place. Connaître un dialecte ne suffira pas pour comprendre les livres des sciences islamiques et même le Qur’an. Par contre, cela aidera grandement à élargir son cercle de connaissance chez les Arabes, car la langue littéraire peut décourager les non-initiés. En revanche, les amoureux en sont ravis et considèrent les locuteurs comme des Arabes eux-mêmes, car dans la culture arabe, celui qui parle arabe devient un arabe.

Il n’y a rien de mieux que la méthode d’instruction traditionnelle. Le meilleur professeur est bien un être humain et non un écran. L’interaction avec les enseignants et les érudits n’a pas de prix et elle offre bien plus que l’apprentissage de la langue. Elle ouvre une porte sur une chaîne de transmission qui remonte au Prophète . Un enseignant partage sa culture et son islam, c’est un lien fort qui se crée et qui continue bien après que l’enseignant et l’étudiant se quittent, au travers des prières qu’ils font l’un pour l’autre. Avoir un enseignant en ligne n’est pas l’idéal non plus, car la connexion n’est pas toujours bonne et entrave parfois la réception ; cela peut lasser et décourager à la longue. C’est une technique froide qui manque d’âme, d’interaction vraie naturelle. C’est un procédé à choisir lorsqu’il n’y a pas de meilleures options et de bons enseignants disponibles autour de soi. Cependant la définition d’un « bon enseignant » n’est pas forcément ce que notre ego nous radote. Il faut laisser les préjugés et les idées reçues de côté. Un « bon enseignant » peu parfois ne pas être connu ni avoir de nombreux étudiants. Ce ne sont d’ailleurs pas les critères à suivre, mais il faut plutôt rechercher la sincérité, la pédagogie et le bon comportement.

L’arabe classique a de nombreuses sciences : an-Nawh, as-Sarf, al-Balagha, ach-Chi’r… Les étudiants peuvent parfois être confus et ne pas savoir où commencer ou quand se lancer à l’étape suivante. L’apprentissage commence avec an-Nawh et as-Sarf qui sont les disciplines les plus importantes qui méritent le plus d’attention. L’apprentissage n’y a pas de fin. C’est une excellente initiative de répéter les fondations avec des enseignants différents. Chaque être apporte sa touche personnelle et favorise l’élargissement de la perspective de l’étudiant. Ensuite viennent les autres sciences que peu de gens maîtrisent vraiment.

Pour finir, cet engagement demande un esprit libre et une bonne organisation. Tout le monde peut s’y mettre, mais il faut s’y atteler. Certaines personnes se découragent trop facilement parce qu’elles n’ont en réalité pas étudié dans les meilleures conditions. Si ces dernières ne s’y prêtent pas, il est préférable de repousser ce projet à un meilleur moment pour éviter de futures déceptions. On laisse ses enfants, ses responsabilités et ses tracas pendant les cours et les devoirs. On se rappelle ses intentions et on demande de l’aide à Allah. Il faut inclure la langue arabe dans son quotidien et non pas en réserver la pratique qu’aux circonstances le permettant, car elles seront rarement adéquates ! La constance est plus importante que la quantité.

J’ai beaucoup d’admiration pour toutes ces personnes qui continuent leurs études quels que soient leur situation et leur âge. À ces étudiants, Allah finira par ouvrir les portes de cet incroyable bijou, in châ Allah. On a éperdument besoin d’érudits de la langue arabe – et pas seulement de simples arabophones qui en possèdent une connaissance superficielle – pour traduire et enseigner ces nombreux ouvrages aux mille secrets qui ne sont, pour l’heure, accessibles qu’en arabe ou à une certaine élite. Qu’Allah en fasse une réalité, amen.

 

Notes :

Maryam Szkudlarek a commencé ses études de la langue arabe il y a sept ans. Elle a étudié l’arabe à Londres, au Yémen et en Jordanie, où elle continue toujours son apprentissage. Maryam enseigne également aux adultes et aux enfants. Elle a rédigé un ouvrage sur son expérience à Tarim intitulé : Les Perles du Ciel de Tarim, dont la seconde édition sera publiée en janvier 2020, incha Allah.

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