La beauté de nos cultures,
une rencontre avec le Prophète ﷺ​

Maryam Szkudlarek

rencontre avec le prophète

بسم الله الرحمن الرحيم

 

L’islam a embelli les cultures qui l’ont accepté. Aux quatre coins de la terre, l’islam a fait son chemin au sein des peuples, coutumes et tempéraments tous différents les uns des autres. Les cultures islamiques ne sont pas uniformes, au contraire, elles sont incroyablement colorées et possèdent de nombreuses agréables facettes. C’est à chaque fois une rencontre avec le Prophète à travers l’héritage qu’il nous a laissé.

En Turquie, j’ai été en particulier témoin d’une profonde dévotion et d’une générosité inoubliable. Les grandes mosquées comme Eminönü ou Fatih à Istanbul ont toujours des fidèles de même que dans les sanctuaires religieux d’Ourfa dans le sud du pays et d’ailleurs. Les Turcs sont très attachés à leur héritage islamique et spirituel. Lors des visites des maqamate1 des salihine2, il y a toujours des dames qui distribuent du sucre, des sucreries ou même des chapelets. Une fois je faisais un dou’a3 au maqam de ‘Aziz Mahmoud Hüdai dans la partie asiatique d’Istanbul, mes mains tournées vers le ciel, quand je sentis quelque chose tomber. J’ouvris les yeux et c’était un chapelet ! Je me retournai et vis une femme en donner à tout le monde. Cela arrive aussi régulièrement aux tombes de Sayidouna Abou Ayyoub al-Ansari et des personnages importants de la culture ottomane, qu’Allah soit satisfait d’eux. Il n’y a pas de meilleur moyen pour obtenir les prières d’inconnus reconnaissants dans des endroits si spéciaux ! Ils sont également connus pour aimer les invités. Les Turcs font preuve d’une grande générosité avec tout le monde et ils aiment grandement les étrangers. Certains reçoivent tous les jours ! Les dames vous servent un plat quelle que soit l’heure.

Au Yémen, spécifiquement à Tarim, j’ai également trouvé le partage comme je ne l’avais jamais vu auparavant et une hospitalité remarquable. Ils font de grands repas qui nourrissent des dizaines, voire des centaines de personnes puis vous faites partie du groupe sans savoir que vous étiez invités au préalable. Certains laissent une partie de leur maison ouverte à tous et d’autres laissent leur maisons à des visiteurs même s’ils ne les connaissent pas.

En Palestine, l’hospitalité est aussi fortement présente même en temps de guerre. Les mourabitate4 offrent le petit déjeuner devant la mosquée al-Aqsa le vendredi. Dans la mosquée, elles distribuent des petits gâteaux ou des sucreries aux centaines de fidèles présentes. Durant ramadan, lorsque l’iftar5 se fait dans la cour, il est très courant de se faire inviter par une famille.

En Indonésie, j’ai vu la satisfaction, la reconnaissance et le respect. Je n’ai jamais été en contact avec des gens aussi souriants et heureux que les Indonésiens auparavant ! Je ne peux m’empêcher de rire lorsque je pense à eux. Je revois leur façon de vivre, de s’amuser, de manger, de tenir leurs enfants, de s’émerveiller de tout. C’est le peuple le plus créatif que j’ai vu jusqu’à présent. À partir de la noix de coco, ils font tout ! Tout ! Ils prennent la coque, la chair, le lait, tous les coins et recoins et cuisinent, fabriquent, cousent… Ils ne gaspillent rien et sont satisfaits de ce qu’ils ont. Ils aiment leurs enfants et ils le montrent ! Ils leur sourient, leur parlent, jouent et font des sorties avec eux. Leurs enfants sont leurs trésors. Ils ont un grand amour pour l’islam, et la madrassa6 en Indonésie est fortement respectée ainsi que les enseignants. Il est possible d’apprendre l’arabe un peu partout dans le pays et nombreux sont ceux qui ont appris cette langue exclusivement en Indonésie sans jamais en sortir. Les Indonésiens descendant des ‘oulema yéménites qui vinrent faire la da’wa quelques siècles auparavant, sont très attachés à leurs ancêtres, et leur statut d’ahloul-bayt7 est connu de tous. Les tombes des awliya8 sont aussi grandement visitées et honorées. Sounan Ampel à Sourabaya a régulièrement de nombreux visiteurs.

À ‘Oman, la bienveillance et les manières nobles du peuple de ce pays magnifique, sont extraordinaires. Ils sont d’un calme olympien ! Ils ne haussent pas la voix et n’ont pas de gestes brusques. Ils sourient et font preuve d’une grande ouverture d’esprit, bien qu’ils soient fortement attachés à leur culture. Ils sont toujours aimables, accueillants, respectueux et très aidants.

En Inde, j’y ai vu un fort engouement pour l’islam qui m’a beaucoup touché. Je me souviens être allée à la grande mosquée de New Delhi avant ma conversion, le jour de la joumou’a. J’étais assise sur des marches regardant les fidèles se diriger à l’intérieur. Il y avait des milliers de gens. L’adhan était stupéfiant. En bas, se trouvait une dame avec des enfants. Elle ne pouvait ou ne préférait pas entrer à cause d’eux je suppose. Le sermon commença puis la prière se fit entendre. C’était une expérience incroyable, la voix de l’imam, la réponse des ma’moumin9, j’étais entourée d’une foule, mais il n’y avait plus personne. Le monde entier avait disparu. Il semblait en être autant pour cette sœur qui, bien qu’accompagnée d’un nourrisson, le confia à un autre enfant et se mit à prier, avec le reste de la congrégation, à même le sol. Je l’observai du début jusqu’à la fin. Elle avait l’air plongé dans sa prière et ne se laissait pas distraire par ses enfants lorsqu’ils s’approchaient d’elle. J’ai trouvé cela fascinant. Elle recherchait la connexion divine, loin de tout, elle voulait trouver la Paix. La prière terminée, l’enfant lui remit le bébé qui commençait déjà à s’impatienter depuis quelques minutes. C’est un souvenir mémorable. La splendeur de la prière nourrit mon cœur ce jour-là et je n’ai pas oublié. C’est comme si elle priait pour me montrer. Il n’y avait personne d’autre à part elle. Plus tard, je me souviens également d’un musulman qui faisait très attention à ce qu’il n’y ait aucune tache sur son thawb10, car il priait avec. « Il faut qu’il soit blanc méticuleux. Je me dois de porter des habits propres devant Allah. »

En Jordanie, j’ai été touchée par la galanterie et la protection propres à l’islam que les hommes ont envers les femmes. « Les hommes sont les mainteneurs des femmes. »11 Elles sont traitées différemment des hommes, avec plus de douceur, de courtoisie et d’attention. Une femme ne reste pas debout dans les petits bus blancs, le chauffeur va immédiatement demander à un des hommes de se lever. À Wasatoul-Balad (le centre-ville), il n’y a pas de marchandes – excepté peu de dames d’un certain âge qui vendent leurs produits dans la rue – mais que des marchands. Les chauffeurs de taxi et de bus sont aussi des hommes. Les femmes sont invitées à s’asseoir lorsqu’elles attendent, même si c’est seulement pour quelques secondes. Si elle oublie de prendre un panier lorsqu’elle fait ses achats, un homme va lui apporter. Lorsqu’elle veut passer devant un groupe d’hommes, ceux-ci mentionnent aux autres de faire de la place. Ils lui montrent de l’attention même lors des achats qu’elle faits et une couleur qui pourrait lui plaire lui est proposée. « Faites preuve de douceur avec les flacons de verre. »12

En Occident, nombreux sont les musulmans sans cesse en quête du divin. Ils accueillent les chouyoukh et les chaykhate d’autres contrées de la meilleure des façons ; ils leur donnent tout leur amour, font preuve d’une grande générosité, d’une hospitalité remarquable. Ils ont si soif d’apprendre et de partager la compagnie de ceux qui en savent plus, de ceux qui ont été en contact avec les érudits et les ahloul-bayt ! Leur sincérité est réjouissante et touchante. Ils se rendent véritablement compte de la beauté de l’islam, car ils ne vivent pas dans un environnement islamique.

Chacun de ces peuples a des qualités du Prophète . L’islam pare les vertus de ses plus beaux atours. Partager leur compagnie, c’est partager celle du Prophète et avoir un avant-goût des magnifiques qualités qu’il possède. Et enfin, à Médine c’est une véritable rencontre avec le Prophète qui est vécue. Il y a une paix et une douceur indescriptibles que l’on ressent dans la mosquée an-Nabawi qui n’ont pas leurs pareilles ailleurs. Notre Bien-Aimé est là, il est vraiment là. On ne peut pas en être plus proche. En quittant l’hôtel et en s’approchant, le cœur se languit déjà, crie, les larmes coulent, l’âme n’en peut plus de cette attente et de cette séparation de quelques heures ; le cœur s’apaise enfin à l’entrée du haram, de nouveau réuni avec cette lumière protectrice et apaisante. C’est un sentiment de sécurité, comme si rien ne pouvait nous arriver, on ne veut être nulle part ailleurs, Allah prend soin de nous et nous sommes en compagnie du Prophète . Les prières ne peuvent être qu’exaucées. Tout est possible. Tout peut changer. Notre foi prend une autre dimension.

Passer notre vie à essayer de lui ressembler ne ferait pas justice à tout ce qu’il nous a donné, mais pourtant cela rendrait nos vie tellement plus précieuses et agréables ! Qu’Allah nous donne la force et la motivation de nous y tenir, amen.


Notes : 

Maryam Szkudlarek vit en Jordanie où elle continue ses études de la langue arabe à l’université Wise. Elle enseigne également cette langue aux adultes et aux enfants. Elle est l’auteure des Perles du Ciel de Tarim qui relate son expérience au Yémen de 2013 à 2015 et de nombreux autres articles.

1 Sing. maqam. Ici, tombes.
2 Pieux.
3 Prière dans le sens d’invocation.
4 Celles qui viennent tous les jours dans le haram.
5 La rupture de jeûne.
6 L’école islamique.
7 La famille du Prophète.
8 Les proches et aimés de Dieu.
9 Ceux qui suivent l’imam dans la prière.
10 L’habit long.
11 Sourate an-Nissa verset 34. Il y a plusieurs interprétations du mot « qawamoun » ; l’idée est que l’homme est le pilier sur lequel la femme peut se reposer, il est responsable, ferme et droit comme la racine du mot « qawam » le montre.
12 Hadith du Prophète .

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