Négliger la prière entraîne-t-il la mécréance ?

 

Sheykh Faraz A. Khan

 

 

prière_mécréance

 

 

Question :

Est-il vrai que l’ensemble des Imams des Musulmans s’accordent sur le fait que si quelqu’un ne prie pas de manière continue et néglige à rattraper ses prières, il est alors un kafir (mécréant) même s’il  croit que les cinq prières sont obligatoires ? Négliger la prière entraîne-t-il la mécréance ?

En outre, si c’est vrai, pourquoi quelqu’un qui n’a pas prié durant 20 années ou plus, doit-il tout rattraper, si de toute façon il était considéré comme un kafir ? Je demande cela, parce qu’il y a des fatwas, qui suggèrent de rattraper toutes les prières manquées, même si cela concerne de nombreuses années. À quel point les prières manquées font glisser de la corruption religieuse vers le kufr? Y a-t-il des définitions claires et nettes?

 

Réponse :

Assalamu alaikum wa rahmatullah,

Je prie pour que cette réponse vous trouve en bonne condition,

Il existe en effet des définitions claires : il existe une différence entre ce qui implique la mécréance (kufr) par rapport à ce qui entraîne la corruption religieuse (fisq).

Déni ou Dédain

(1) Si un musulman néglige la prière par déni de son statut obligatoire (juhud) ou par dédain et mépris (istikhfaf), alors il y a un consensus dans les quatre écoles que cette personne est coupable d’apostasie (à l’exception d’un nouveau converti qui nie l’obligation par ignorance).

Si une telle personne redevient Musulmane, il ou elle n’aura pas à rattraper les prières manquées selon les Hanafites et les Malékites. Cependant, selon le Shafi`ites, une telle personne devra rattraper ces prières, comme mesure disciplinaire. Les deux opinions sont rapportées de l’Imam Ahmad ibn Hanbal. [Encyclopédie Koweïtienne de Fiqh]

Le raisonnement sous-jacent de cet avis est que la prière est quelque chose faisant partie de ce qui est nécessairement connu de la religion – toute personne Musulmane connaît la prière et son statut obligatoire (mis à part les nouveaux convertis, par exemple). Et la définition même de l’Islam, selon le Coran, la Sunna et le consensus de la Oumma, est « de croire comme étant vrai tout ce qui est nécessairement connu comme venant du Prophète (paix et bénédictions sur lui). » [Taftazani, Sharh Aqa’id Nasafiyya]

Si l’on croit au Coran comme étant la parole révélée d’Allâh, et que l’on croit en notre Maître Muhammad comme étant un vrai prophète, et si quelque chose est établi de manière décisive comme venant de Saydunna Muhammad (salallahou ‘alayhi wassalaam) et avec le statut de l’obligation de la religion, alors on l’accepte assurément : on ne saurait la nier, ni la traiter avec dédain ou mépris.

Comme le déclare l’Imam Tahawi dans son credo bien connu (al-‘Aqidat ul-Tahawiyya), « Le serviteur ne sortira du cadre de la foi que par une répudiation de ce qui lui a permis d’y entrer. » c’est-à-dire, qu’en reniant sa croyance en l’unicité d’Allah, en Ses livres ou Ses Messagers, ou la foi qui résulte de tout ce qui est nécessairement connu de la religion.

Paresse ou négligence

(2) Toutefois, si un Musulman néglige la prière par paresse (Kasl) ou par insouciance (tahawun), tandis qu’il croit néanmoins que la prière est obligatoire, alors il demeure Musulman, bien que religieusement corrompu (fasiq). En général, les Musulmans d’aujourd’hui qui négligent la prière entrent dans cette catégorie, et ainsi par la grâce d’Allah, ils sont encore Musulmans.

Une telle personne doit rattraper toutes les prières manquées, peu importe leur nombre. Il existe un consensus des savants sur cette question, comme mentionné par l’Imam an-Nawawi et d’autres.

La même distinction et les mêmes règles peuvent s’appliquent concernant d’autres questions de consensus qui sont nécessairement connus de la religion, comme le jeûne, la zakat, et le hajj.

[Encyclopédie Koweïtienne de Fiqh ; an-Nawawi, Majmu`; Ibn Qudama, Mughni]

La Vaste Miséricorde d’Allâh

Cela stipulé ci-dessus, il faut se rappeler que les portes de la repentance et de la miséricorde divine sont toujours ouvertes : peu importe la gravité de l’infraction commise par le serviteur, même s’il s’agit de mécréance, le serviteur peut à tout moment revenir vers son Seigneur généreux et Le trouver accueillant au repentir.

Allâh le Très Haut déclare : « Dis : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez point de la miséricorde divine ! En vérité, Allâh absout tous les péchés, car Il est le Clément et le Compatissant. » (Coran, 39:53).

Et Allâh aime que le serviteur se retourne vers Lui, comme le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) l’a expliqué :

« Allah est plus heureux du repentir de Son serviteur plus qu’un homme se trouvant dans un désert périlleux et ayant avec lui sa monture qui porte sa nourriture et sa boisson, qui, s’étant endormi, se réveille pour constater la perte de sa monture et qui en s’employant vainement à sa recherche jusqu’à éprouver une soif intolérable, se dit: « Je vais retourner au même endroit où j’étais pour y dormir jusqu’à ma mort », retourne et met sa tête sur son coude pour dormir dans l’attente de la mort, et qui une fois réveillé, trouve sa monture auprès de lui avec ses vivres, boisson et nourriture. Allah, en effet, se réjouit du repentir de Son serviteur croyant plus que cet homme qui a retrouvé sa monture et ses vivres. » [Muslim]

Et Allâh est plus savant.
Wassalam

Sheykh Faraz A. Khan, réponse vérifiée et approuvée par Sheykh Faraz Rabbani

 

© Traduit avec l’autorisation de l’honorable sheykh Faraz Rabbani (qu’Allâh le récompense)

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