Les bienfaits du bâton de Siwâk

 

 

Les bienfaits du bâton de Siwâk

 

 

Le bâton naturel de Siwâk (سواك) que l’on utilise traditionnellement pour se brosser les dents est issu de la racine (ou de la branche) de l’arbuste Salvadora persica. Une fois le bâtonnet mâché à l’une de ses extrémités, ses fibres peuvent facilement entrer dans les intervalles des dents pour les nettoyer. À cela, s’ajouter sa sève, pleine de substances bénéfiques. Le Siwâk est l’allié idéal pour une bonne hygiène bucco-dentaire. Le mot Siwâk désigne à la fois l’action de se curer les dents et l’instrument qu’on utilise pour le faire. [1]

Le Siwâk possède de nombreuses propriétés bénéfiques à l’Homme. On sait par exemple qu’il est antifongique, qu’il contient des nettoyants, des substances qui empêchent les bactéries et les microbes de se développer, des désinfectants, des fluorures, du calcium, du phosphore, de la silice, une substance qui facilite la digestion et qui protège les dents contre le tartre, etc. Si historiquement son usage est antérieur à l’apparition de l’Islam, les nombreuses recommandations qui en ont été faites par le Prophète Muhammad ﷺ a grandement participé à sa popularité.

Les fibres du Siwâk aident lors du brossage à se débarrasser de la plaque dentaire. Des recherches scientifiques suggèrent un effet bénéfique dans le renforcement de la gencive. Une étude américaine menée en 2003 par le National Center for Biotechnology Information a conclu que l’usage du Siwâk est plus efficace que l’usage d’une brosse à dents. Même l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande avec insistance l’usage du Siwâk. Vous l’aurez compris, le Siwâk est une excellente alternative à la brosse à dents synthétique et à son dentifrice chimique.

Religieusement parlant, le Siwâk est une Sunnah et n’est donc pas obligatoire. Cependant, le Prophète Muhammad ﷺ a beaucoup insisté sur son usage, ce qui montre son importance et l’importance d’avoir une bonne hygiène corporelle en règle générale. Certains Suyukh comme Dâwud al-Âhirî ont été jusqu’a le rendre obligatoire pour la prière. Cependant, ce n’est pas le consensus retenu par la majorité des érudits sur cette question. [2]

Dans Riyâd as-Sâlihîn (le Jardin des Vertueux), l’Imam an-Nawawî al-Ashariyy donne quelques exemples de Hadiths dans lesquels l’usage du Siwâk est abordé. Nous avons ajouté à certains de ces Hadith, le commentaire qu’en a fait l’Imam an-Nawawî dans son Sharh du Sahih de Muslim :

Selon Abou Hourayra رضي الله عنه, le Messager d’Allâh a dit : « Si je ne craignais pas de trop charger ma nation, je leur ordonnerais de se frotter les dents avant chaque prière ». [3]

Ce Hadith prouve que le Siwâk n’est pas obligatoire. L’Imam Ash-Shafé’i رضي الله عنه a déclaré que si le Prophète ﷺ l’avait rendu obligatoire, il l’aurait fait indépendamment du fait qu’il cause ou non l’embarras. En outre, ce Hadith est une preuve que le Prophète ﷺ peut pratiquer l’effort d’interprétation (Ijtihad), autrement dit, de donner son opinion personnelle, sur une question sur laquelle il n’existe pas de texte révélé par Allâh. Ceci est l’avis de la majorité des juristes et des spécialistes de méthodologie ou sources du Droit (Usul), qui est l’avis authentique et adopté comme privilégié. Ce Hadith montre également la bienveillance du Messager d’Allâh ﷺ à l’égard de sa communauté.

Selon Houdheyfa رضي الله عنه, « Dès que le Messager d’Allâh se réveillait, il se frottait les dents ». [4]

Sayyda ‘Aisha رضي الله عنه a dit : « Nous préparions pour le Messager d’Allâh son bâton d’arak et l’eau de ses ablutions. Allâh le réveillait la nuit à l’heure qu’il voulait. Il se frottait alors les dents, faisait ses ablutions et priait ». [5]

Selon Anas رضي الله عنه, le Messager d’Allâh a dit à ses Compagnons : « J’insiste auprès de vous pour l’emploi fréquent du frottoir à dents ». [6]

Shourayh Ibn Hanî رضي الله عنه a dit : « J’ai demandé à ‘Â’isha رضي الله عنه : « Quelle était la première chose que faisait le Prophète en rentrant chez lui? » Elle dit : « II se frottait les dents ». [7]

Ce Hadith montre la vertu de l’usage du Siwâk en tout temps, l’importance de cette pratique et la fréquence de son utilisation.

Abû Musa Al-Ash’ariyy رضي الله عنه a dit : « En entrant chez le Prophète je le trouvai avec sur sa langue son bâton d’Arak ». [8]

D’après ‘Â’ïsha رضي الله عنه, le Prophète a dit : « Quand on se frotte les dents on purifie sa bouche et on obtient en même temps l’Agrément du Seigneur ». [9]

Selon ‘Â’ïsha, le Messager d’Allâh ﷺ a dit : « Dix choses font partie de la nature saine (Fitra) [10] : tailler la moustache, le port de la barbe, le Siwâk, se rincer le nez avec de l’eau, se couper les ongles, se laver au niveau des articulations des doigts, s’épiler les aisselles, se raser le pubis, se rincer à l’eau avant de sortir des toilettes. » Le rapporteur du hadith ajoute : « J’ai oublié la dixième chose, à moins qu’il ne s’agisse du rinçage de la bouche. ». [11]

Dans son célèbre ouvrage Fadhâ’il al-A’mâl, Sheykh Kandhalawi insiste sur cette Sunnah délaissée et qui pourtant à toute son importance. Voici ce qu’il déclare :

« Prenons, par exemple, le cas du Siwâk (ou miswâk), c’est une Sunnah des ablutions (wudhu), mais elle est très souvent négligée. Il est dit, dans un hadith, que la prière offerte après avoir passé le Siwâk est soixante-dix fois supérieure à celle accomplie sans son usage. Dans un autre hadith, le Siwâk a été recommandé très fortement, et les dix vertus suivantes lui ont été attribuées.

I) Il nettoie et rafraîchit la bouche,
2) Il suscite l’Agrément d’Allâh,
3) Il suscite le déplaisir de Sheytan,
4) Allâh et Ses Anges aiment la personne qui utilise le Siwâk,
5) Il raffermit les gencives,
6) Il élimine la toux,
7) Il suscite une bonne odeur dans la bouche,
8) Il est une purge contre la bile et les humeurs,
9) Il améliore la vue,
10) Il fait disparaître la mauvaise haleine et pour couronner le tout, c’est une Sunnah de notre Prophète ﷺ.

Les Savants religieux n’attribuent pas moins de soixante-dix vertus au Siwâk. Il est dit qu’une personne qui a l’habitude d’utiliser le Siwâk mourra avec la kalima sur ses lèvres. » [12] et [13]

Si le Siwâk est recommandé en tout temps, cette recommandation est appuyée à cinq moments particuliers [14] :

1/ Au moment de la prière
2/ Au moment de l’ablution [15]
3/ Avant la récitation du Qour’an
4/ Au réveil de son sommeil
5/ Quand on a une mauvaise haleine

Dans le commentaire du Sahih de l’Imam Muslim, An-Nawawi déclare qu’il est recommandé d’utiliser un Siwâk relativement humide, ni trop sec au point de se blesser la gencive, ni trop vert et humide au point d’être inefficace au nettoyage. Parmi ses recommandations, celle de le passer sur le bord des dents, sur la face triturante des molaires (et prémolaires), et légèrement sur le palais. Il est également recommandé d’utiliser la main droite pour se brosser les dents, de commencer par le côté droit de la bouche et d’habituer ses enfants dès leur jeune âge à se brosser les dents (avec un Siwâk).

Si comme nous l’avons vu tout au long de cet article, l’utilisation d’un Siwâk est recommandée, son usage ne signifie pas pour autant qu’il faille jeter sa brosse à dents à la poubelle. La combinaison des deux brosses, l’une à la maison et l’autre que l’on peut emporter avec soi (école, travail…) semble être une très bonne option. Cela permet de bénéficier non seulement d’une excellente hygiène bucco-dentaire, mais aussi d’accomplir une Sunnah importante et malheureusement trop souvent négligée.

Wa Allâhu a’alam


Notes :

[1] Riyâd as-Sâlihîn (le Jardin des Vertueux), l’Imam an-Nawawî al-Ashariyy, Tahqîq de Sheykh Shu’ayb al-Arnâ’ût (rahimahuLlâh).

[2] An-Nawawî al-Ashariyy, Sharh du Sahih de Muslim
[3] Sahih, Boukhariyy (887) et Muslim (252)
[4] Sahih, Boukhariyy (245) et Muslim (255)
[5] Sahih, Muslim (746/139)
[6] Sahih, Boukhariyy (888)
[7] Sahih, Muslim (253)
[8] Sahih, Boukhariyy (244) et Muslim (254)
[9] An-Nasâ’iyy (1/10) et Ibn Khuzayma dans son Sahih (135) d’après différentes chaines de transmetteurs. Ibn Hibban aussi le juge Sahih (143). Boukhariyy aussi le rapporte dans son Sahih, sans mentionner sa chaîne.

[10] Dans al-Majmû, l’Imam an-Nawawî al-Ashariyy explique le mot Fitra comme étant « les usages Prophétiques ». Pour d’autres savants, comme Abu Nu’aym dans son « Al-Mustakhraj », il s’agit de la religion « ad-Deen » ; pour d’autres encore, comme Abû ‘AbduLlâh al-Qâzzaz dans son « Tafsir Gharîb al-Bukhariyy », il s’agit de la prime nature selon laquelle Allâh a créé les hommes ; pour d’autres enfin, comme Al-Baydâwiyy, le mot Fitra englobe tous ces sens et désigne les usages anciens que les Prophètes ont adoptés et qui sont conformes aux lois ancestrales, en sorte qu’ils sont devenus comme la nature de l’homme.

[11] Sahih, Muslim (261)

[12] Fadhâ’il al-A’mâl, Sheykh Muhammad Zakariyya Kandhalawi

[13] NDT : L’auteur fait probablement référence au Kalimah Tayyiba : « Lā ilāha illā-Llāh, Muḥammadur Rasūlu-Llāh » ou au Kalimah Shahadah « Ashhadu an lā ilāha illā-Llāh wahdahu lā sharīka lahu, wa ashhadu anna Muḥammadan ʿabduhu wa Rasūluhu. ». Ce qui signifie que la personne mourra Musulmane et en se rappelant d’Allâh et de Son Messager ﷺ avant son dernier souffle, inshaa Allâh. Qu’Allâh nous l’accorde à tous.

[14] An-Nawawî al-Ashariyy, Sharh du Sahih de Muslim
[15] Recommandé (Mandûb) dans l’école Mâlikîte

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