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i Pas d'interdiction pour les mères voilées
Le ministre de l'Éducation nationale, Luc Chatel, et le premier ministre, François Fillon, à la sortie d'un Conseil des ministres en avril dernier. Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro
Luc Chatel souhaite proscrire le port du voile par les mères d'élèves lors des sorties scolaires, mais Matignon retarde
la décision.
Faut-il refuser les mères voilées pour accompagner les sorties scolaires? La question divise le gouvernement. Luc
Chatel, ministre de l'Éducation nationale, souhaite que les parents qui encadrent des visites de musées ou des colonies organisées par l'école publique soient soumis aux règles de neutralité,
comme les fonctionnaires. Il avait annoncé au Figaro qu'il préparait une circulaire pour clarifier la situation. Mais depuis, la rédaction est suspendue.
Car le premier ministre s'y oppose. «Ce serait très douloureux pour les enfants de voir leurs mères écartées des sorties», avance-t-on à Matignon. Dès 2004, François Fillon, alors ministre de l'Éducation, avait refusé que la loi qui interdit le port de tenues religieuses ostensibles aux élèves de l'école publique soit appliquée aux parents qui intervenaient dans l'école. Ces dernières semaines, alors que le gouvernement examine les ajustements nécessaires pour que la laïcité soit mieux respectée dans la République, le premier ministre a réaffirmé sa position. «La loi sur l'école ne concerne que les élèves. Et il n'est pas sûr que les parents accompagnateurs aient le statut de collaborateurs occasionnels du service public», fait savoir son entourage.
Un été pour réfléchir
Au grand dam de Luc Chatel et de Claude Guéant qui auraient souhaité clarifier le statut de tous les collaborateurs
occasionnels du service public, comme les parents, mais aussi les jurés. À ce jour, on les supposait neutres, mais aucun texte ne le spécifie. Ils ne sont juridiquement considérés comme des
«collaborateurs occasionnels du service public» qu'en cas de contentieux ou d'accident. Le gouvernement s'est donné l'été pour examiner dans le détail toutes les situations et décider au besoin
de mesures législatives.
Au sein de l'Éducation nationale, les professeurs sont globalement réticents à voir des parents qui affichent une
croyance intervenir dans un rôle d'encadrement. Mais ils ne souhaitent pas se priver d'une occasion de se rapprocher de certaines familles, explique Patrick Gonthier qui dirige l'Unsa: «C'est un
sujet difficile. Faut-il distinguer le petit foulard traditionnel de certaines femmes des groupes de mamans voilées militantes que l'on voit parfois? Il faut clarifier la règle, car, sinon,
chacun va faire à sa manière. Et bien souvent, les professeurs contournent ces parents-là.» Le syndicat, qui rencontrera François Fillon mardi, est favorable à une interdiction, mais «il faudra
prendre le temps de l'expliquer, de diffuser le message, avant de l'appliquer».
«C'est l'image de l'école de la République qui est en jeu», justifie Claudine Palaccio, la directrice de l'école primaire Joséphine-Baker à Pantin, qui a choisi d'écarter des sorties les parents qui affichent leurs convictions religieuses. Immédiatement taxée d'islamophobie, contestée par la FCPE, la directrice a choisi d'assumer. «L'école est laïque. S'ils interviennent dans une mission scolaire, les parents doivent être neutres. Autrement, ils viennent au conseil de classe, avec leur voile, leur turban, leur kippa, évidemment.» La directrice insiste: «J'impose la neutralité à tous les intervenants. J'ai fait enlever une grande croix d'une dame de cantine. Elle l'a très bien compris.»
«Pressions communautaires»
«On se retrouve dans la même situation que pour le foulard dans les années 1980. Ceux qui ne voulaient pas légiférer
minimisaient, évoquaient quelques cas et les chefs d'établissement devaient se débrouiller seuls», rappelle Alain Seksig, ancien inspecteur de l'Éducation nationale, responsable de la laïcité au
Haut-Conseil à l'intégration. «Aujourd'hui, chaque école fait sa politique. Dans certaines écoles, c'est la porte ouverte aux pressions communautaires.» Le HCI réclame d'ailleurs la neutralité
des parents en mission pour l'école.
Les fédérations de parents sont, elles, divisées. La Peep aurait préféré que les parents intervenants dans l'école
restent neutres. Tandis que la FCPE a pris position pour ces mères parfois exclues. Au-delà des fédérations, souvent politiques dans leurs décisions, l'affaire partage aussi les parents d'élèves.
Certains se déclarent hostiles et d'autres jurent que «cela ne les dérange pas mais qu'il ne faut pas aller trop loin». En tout cas, explique une mère à Saint-Ouen, «c'est une question de
principe, pas de personne».
Source : lefigaro.fr