Les plats cuisinés avec de l’alcool sont-ils licites ? [Malikite]
 
Par Sheykh Abdullâh bin Hamid Ali

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Vous trouvez dans le menu d’un restaurant un plat de fruits de mer, cuit avec de l’alcool. Le serveur vous informe que l’alcool présent dans ce plat s’est évaporé lors de la cuisson. Est-il de ce fait permis de manger ces fruits de mer? Sheykh Abdullâh bin Hamid Ali répond à la question concernant la licéité de cuisiner des plats avec de l’alcool, dans le but de les consommer.

Question :

Dans un article trouvé sur Internet, quelqu’un pose la question suivante : « L’alcool disparait-il lors de la cuisson »? La personne se demande également combien de temps cela prend-t-il pour que l’alcool disparaisse. Dans l’article, il est écrit :

« … James Peterson, qui écrit des livres de cuisine et qui a étudié la chimie à l’Université de Berkeley en Californie, en parle dans « Sauces », son livre de recettes encyclopédique. Il dit qu’il suffit de cuire une sauce pendant au moins 20 à 30 secondes après l’ajout de vin pour que l’alcool s’évapore. Et cela a du sens, puisque l’alcool s’évapore à 172°F (78°C). Ainsi, toute sauce ou ragoût qui mijote ou bout est suffisamment chaud pour permettre à l’alcool de s’évaporer ». Lire l’article complet ici.

S’il est scientifiquement prouvé que l’alcool disparait de la nourriture, cette nourriture devient-elle licite?

Réponse :

Dans l’école de l’Imam Malik, il n’est pas permis lorsque l’on cuisine un plat d’y insérer une impureté (najasa), ni de cuisiner une impureté. Même si vous croyez que les effets du vin disparaitront, il n’est pas permis d’altérer la nourriture avec une najasa. Personne ne voudrait verser de l’urine, des excréments, du sang ou du sperme sur des denrées alimentaires. (Bien sûr, pour un grand nombre de personnes, le goût et l’odeur du vin ne sont pas aussi répugnants que ces choses-là).

Je pense qu’il est important que nous prenions également en considération une autre préoccupation d’ordre éthique. C’est un sujet de préoccupation comme d’autre, qui résulte souvent des fatwas d’arrangement. Si nous donnions une fatwa autorisant quelqu’un à manger de la nourriture dans laquelle il y a du vin, cela encouragerait et validerait indirectement la vente de vin. A ma connaissance, toutes les écoles déclarent illicite (haram) la vente de raisin à une personne, si nous savons qu’elle l’utilisera pour en faire du vin. A mon avis, cette fatwa a la même valeur que la précédente.

Et Allâh est plus savant.

Notes du traducteur :

En plus des arguments fournis ici par Sheykh Abdullâh bin Hamid Ali, il faut noter qu’il ressort de l’étude menée par le Service de Recherches du Ministère de l’Agriculture des États-Unis, que :

– Si on ajoute de la bière ou du vin à un liquide qui bout et qu’on le retire ensuite du feu, 85 % de l’alcool contenu subsiste,

– Si on fait flamber l’alcool, comme c’est le cas pour certains plats, il en reste 75 %,

– Si on fait cuire le plat pendant une 1 heure et demie, il y a encore 20 % de l’alcool ajouté au départ,

– Même après 2 heures et demie de cuisson (comme pour un ragoût), il subsiste tout de même 5 % de l’alcool présent au départ.

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