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.Débat sur l’Islam : Le discours de raison
Le débat sur l’Islam est loin d’être tranché dans les pays musulmans. La cacophonie dans l’exégèse,
l’interprétation et la jurisprudence nuit à l’Islam…Certains, parmi ceux qui se targuent d’être les défenseurs de notre sublime religion, la desservent, par dogmatisme, sinon par manque de
lucidité. Le refus de la différence, et l’attachement au point de l’aveuglement à des concepts, produits de la pensée humaine et étrangers au Coran à et la sunna du prophète, ont empêché la
dialectique autour d’une religion qui, pourtant, s’y prête intrinsèquement. N’en déplaise à ceux qui ne cessent de pousser des cris d’orfraie, la différence entre écoles et courants islamiques
reste un facteur d’enrichissement, à condition qu’elle ne soit pas source de discorde et de conflits, et qu’elle n’élargisse le hiatus entre entités et pays musulmans.
Le rapprochement des courants islamiques, un sujet toujours d’actualité, a fait l’objet en fin de semaine
dernière d’une conférence organisée au Caire, par le conseil supérieur égyptien des affaires islamiques. Rapprochement ne rime pas avec unicité, comme l’a si bien expliqué, Mahmoud Achour, membre
du collectif des recherches islamiques. Pour cet ancien recteur de l’université al-Azhar, l’appel au rapprochement entre courants de l’Islam occupe une place dominante dans l’histoire ancienne et
moderne de la réforme islamique, car, il s’agit là "d’un appel divin, Dieu en a jeté les bases, et en a tracé la méthode. Dieu a prôné la solidarité et la fraternité entre ses fidèles, et les a
exhortés à ne pas rompre, de quelque manière que ce soit, les liens de cette cohésion".
L’idée de rapprochement entre courants religieux, ne veut pas dire, explique-t-il, leur unification.
"Détourner le musulman de son courant sous le signe du rapprochement signifie dévoiement". L’idée d’unification et de fusion entre courants est contre la raison et la nature humaines. Le
rapprochement entre courants sous-tend un rappel aux musulmans pour qu’ils mettent à profit les nombreux dénominateurs communs qui les rassemblent, ceux qui sont consubstantiels aux
fondements et constantes de la religion. Quant aux points de discorde, ils sont subsidiaires et ne doivent pas susciter discorde, et rupture. Et partant, le rapprochement entre courants, doit
émaner d’une démarche consensuelle, menée sur la base de la recherche, la persuasion et la conviction, afin que l’on puisse par l’arme de la science et de l’argument, combattre les idées naïves
et puériles, qui ne peuvent être entretenues que dans les ténèbres du secret, a-t-il souligné en substance.
Mahmoud Achour
Mahmoud Achour appelle les oulémas des différents courants à se rencontrer pour échanger les connaissances, et les études dans un climat apaisé. Les musulmans ne doivent pas céder au fanatisme
des courants, mais doivent être animés par une volonté sincère de parvenir à la vérité. D’où l’intérêt de mener des études comparées entre courants, afin que les différences les
caractérisant, soient une source de force scientifique, de clémence de la pensée, ce qui s’inscrit dans le droit fil de la nature de l’Islam.
Un discours plein de raison qui tranche avec les dogmes et les idées reçues que certains relais religieux
s’efforcent à ancrer chez un public musulman, en mal de repères et réceptif aux messages et contre-messages, au point de l’égarement. Cette propension qu’ont certains prédicateurs et
théologiens, à clamer haut et fort, qu’ils sont les seuls à détenir la vérité révélée, est responsable de l’immobilisme de l’Islam et des musulmans. Une propension à l’enfermement qui donne lieu
à des schismes contreproductifs, empêchant le débat sur l’Islam d’avancer.
L’Islam, une religion intemporelle et évolutive qui sied à tous les temps, reste, par moments, confiné
dans des interprétations dénuées de toute exhaustivité, dans la mesure où elles sont construites sous l’angle étriqué de l’appartenance à un tel courant ou tel autre.
L’amalgame entre islam et tradition continue, de surcroît, à entretenir des idées erronées, que les
populations musulmanes peu à même, dans leur majorité, à faire appel à la raison, se partagent dans une espèce d’automaticité. Telle cette piété que les musulmans s’apprêtent à vivre dans
un semblant de communion pendant ce mois de Ramadan, mais qui reste peu perceptible dans leur comportement de tous les jours. Or, toute la signification de la prière et du jeûne reste tronquée si
elle n’imprègne pas le comportement du musulman dans son rapport avec lui-même et avec la collectivité.
L’Islam ne souffre, par essence, ni de dogmatisme, ni de scepticisme. Les dialogues de sourds où certains
oulémas et jurisconsultes, mus par un sentimentalisme fanatique, cherchent à se décrédibiliser mutuellement, sont à bannir. Mahmoud Achour gagnerait à avoir de nombreux adeptes dans le monde
arabo-musulmans pour que la démarche scientifique et argumentée préside à tout débat d’une religion dont de nombreux aspects restent encore inexplorés.
H.J./Gnet