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.Inquiétudes en Bosnie autour des musulmans intégristes
L'attentat perpétré cet été contre un commissariat en Bosnie, qui a tué un policier et a été attribué à des
musulmans intégristes, a ravivé les craintes sur le danger que représenterait pour ce pays à l'unité fragile la présence de groupes de wahhabites, partisans d'un islam
particulièrement rigoureux.
«Selon les chiffres de notre agence de renseignement, on compte quelque 3 000 membres de la mouvance wahhabite
en Bosnie-Herzégovine, ce qui bien évidemment ne veut pas dire que nous avons affaire à un tel nombre de terroristes», a déclaré à l'AFP le ministre de la Sécurité bosniaque, Sadik Ahmetovic. Des
groupes de wahhabites sont présents en Bosnie depuis la guerre de 1992-1995. «Mais on ne peut pas exclure qu'il existe parmi eux des individus (...) qui pourraient à un moment donné
commettre un acte terroriste», a ajouté le ministre, en assurant que les agences policières locales «disposaient des capacités pour surveiller tout ça». Les musulmans de Bosnie
(environ 40% d'une population locale estimée à 3,8 millions d'habitants) sont sunnites et partisans pour la plupart d'un islam modéré.
Plusieurs centaines de combattants islamistes venus de différents pays du monde musulman ont combattu aux côtés
des forces musulmanes de Bosnie pendant la guerre. Ils ont amené avec eux une interprétation intégriste de l'islam, faisant des adeptes dans le pays.
Une «vingtaine» de groupes de musulmans intégristes existeraient aujourd'hui en Bosnie, selon Ahmet Alibasic,
professeur à la faculté des sciences islamiques à Sarajevo. «Ils se réunissent dans des mosquées, dans des maisons, dans des lieux de prières improvisés», dit-il à l'AFP. En février, les
autorités locales ont mené une vaste opération policière à Gornja Maoca, une bourgade retranchée du nord-est du pays et peuplée par des musulmans intégristes.
Sept personnes, accusées notamment de «mettre en danger l'intégrité territoriale» du pays, ont été arrêtées,
puis assignées à résidence, mais n'ont pas encore été inculpées. Une «importante quantité» d'argent a été saisie lors de l'opération, selon une source proche de l'enquête
judiciaire. «L'Etat doit faire barrage à ces flux illégaux d'argent. Des fonds parviennent en Bosnie essentiellement des pays voisins. Selon certains indices, une des sources financières se
trouve à Vienne (Autriche)», où réside une communauté de musulmans bosniaques intégristes, selon le ministre de la Sécurité. Le professeur de terrorisme international à l'Université
de Sarajevo, Vlado Azinovic, ne pense pas «qu'il y ait en Bosnie un centre de coordination» d'où la mouvance locale serait dirigée. Les groupes locaux d'intégristes sont «divisés»,
selon lui.
A Sarajevo, dans les quartiers des alentours de la mosquée dite «du roi Fahd» – d'après le nom du défunt
monarque saoudien qui a financé sa construction –, on voit plus qu'ailleurs des hommes à la longue barbe et le pantalon coupé au dessus des chevilles, allure et style vestimentaire ignorés par
les musulmans de Bosnie avant les années 1990.
Tous répugnent à s'exprimer devant la presse. «Nous ne sommes ni les wahhabites, ni les salafistes (une autre
branche de l'islam intégriste). Nous sommes des musulmans, et c'est tout», finit cependant par lâcher un homme rencontré devant la mosquée. Selon M. Azinovic, l'attaque à la bombe qui a visé fin
juin le commissariat de police de Bugojno (centre) devrait servir de «réveil», notamment pour la Communauté islamique, l'instance officielle des musulmans de Bosnie, qui devrait, selon lui,
«prendre position avec détermination à l'égard de ce phénomène».
Source : elwatan